Affichage des articles dont le libellé est Etats-Unis. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Etats-Unis. Afficher tous les articles

dimanche 22 janvier 2012

L'invasion de la Syrie est planifiée! (enfin virtuellement)

Les Jeux vidéos ont aujourd'hui une place de choix dans l'espace culturel mondial. Le jeu Call of Duty Modern Warfare 3 est ainsi devenu le produit culturel le plus rentable lors de sa sortie avec près de 9,3 millions d'unités vendues (6 millions avaient été pré-commandées). L'impact est donc grandissant sur la société comme le démontre également les réactions occasionnées par la sortie d'un jeu vietnamien 7554 repéré par Marsattaqueblog sur twitter avant de faire les titres de quotidiens plus huppés. Dans ce jeu, vous faites partie du Viet-minh et le but est d'éliminer un maximum de soldat français. Plutôt surprenant, lorsque depuis des années l'ennemi appartient à l'Axe, est Soviétique voire Vietnamien. Faut-il y voir un nouveau signe d'une "desoccidentalisation" (pas très heureux comme néologisme)? Pourquoi pas mais ce qui est sûr c'est que, pour ce type de jeu de guerre, l'inspiration géopolitique reste primordiale et l'imagination des concepteurs s'avère parfois surprenante, à la limite de la prémonition.


Combat Mission: Shock Force "The Syrian Invasion" en est une démonstration. Paru le 27 juillet 2007, ce jeu de stratégie (combat tactique au tour par tour) met en scène l'invasion de la Syrie par l'armée américaine. L'enjeu diffère quelque peu de la situation actuelle puisque le motif de l'action est de lutter contre le terrorisme, mais la problématique tactique reste identique et le jeu permet d'appréhender une opération moderne en milieu essentiellement désertique et urbain.


A la tête soit de la brigade de l'US Army Stryker, soit d'une brigade du corps expéditionnaire des Marines ou encore d'une task force composée par le Canada, le Royaume-Uni, l'Allemagne et les Pays-Bas vous vous engagez dans un pays disposant d'une armée équipée - certes par de l'armement de l'ère soviétique - et entraînée. Les T-72 et les forces spéciales syriennes posent rapidement des problèmes notamment en zone urbanisée et les casse-têtes tactiques se succèdent les uns aux autres. La capacité des armes utilisées est, semble-t-il, bien restitué ce qui contribue à l'aspect réaliste.

BRDM2-ATGM
 
L'expérimentation de ce jeu permet vite de comprendre la "frilosité" occidentale pour s'engager en Syrie, contrairement à la Libye, du point de vue tactique tout du moins. Deux points développés dans le jeu reflètent également les nouvelles caractéristiques des conflits modernes:
  • Tout d'abord, la présence d'IED (improvised explosive devices) le long des itinéraires est un héritage du conflit irakien. Plus difficile à détecter que le minage traditionnel et d'un coût très faible, c'est une véritable entrave à la liberté de mouvement. 
  • L'autre point c'est la prise en compte d'une task force multinationale pour cette opération d'invasion. En effet, et même si la coalition est à forte coloration américaine, le jeu pointe du doigt l'incapacité pour quelque nation que ce soit d'agir seule dans un conflit de ce type.

Carte livrée avec le jeu: Yapluka!

Précis, doté d'une intelligence artificielle de bonne qualité, Combat Mission: Shock Force pourrait être un bon outil de préparation intellectuelle pour tout état-major. Cette plateforme pourrait permettre, de manière ludique, la confrontation des choix tactiques pour en vérifier la faisabilité à l'instar de la phase de "wargaming" dans la conception des ordres. Néanmoins, comme le rappelle le colonel Goya sur son blog, il est nécessaire que les mentalités évoluent pour considérer un tel outil comme utile.

Le site officiel du jeu:
http://www.battlefront.com/index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=31&Itemid=80;

mercredi 18 janvier 2012

les livres de Patton

La culture générale est une qualité qu'il convient de développer constamment pour tout officier. L'armée américaine se montre particulièrement consciente de cette nécessité et cela au plus haut sommet de la hiérarchie puisque l'ancien chef d'état-major de l'US Army, le général Dempsey, donnait sa propre liste d'ouvrages qu'il conseillait à la lecture de son personnel. Son successeur, le général Odierno, reprend le flambeau en sollicitant l'avis de tous pour établir sa liste.


Ces conseils littéraires prennent encore plus de valeur lorsqu'ils proviennent d'un homme qui a fait ses preuves sur les champs de bataille au point d'être considéré par une grande part de ses compatriotes comme l'un des plus grands chefs militaires de l'histoire. Le général George S. Patton Jr collectionnait les livres avec passion et s'il en lisait pour le plaisir, la plupart l'aidèrent à étudier l'histoire militaire. 7 ans après sa mort, son épouse avait compilé une liste de ses livres favoris pour le magazine Armor magazine. Celle-ci incluait les livres suivants:
  • Maximes de Frédéric le Grand
  • Maximes de Napoléon et toutes les biographies militaires sur Napoléon
  • Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César
  • Les traités de von Treitschke et Von Clausewitz
  • Les mémoires du Général Baron de Marbot (colonel sous l'Empire)
  • Charles XII de Suède par Carl Gustafson Klingspor
  • The History of the Decline and Fall of the Roman Empire par E. Gibbon
  • Strategicon par Marcus et Spaulding
  • Le Prince de Machiavel
  • La psychologie des foules de Gustave Le Bon
  • Art of the War in the Middle Ages, Oman
  • The Influence of Sea Power Upon History, Amiral Mahan
  • Stonewall Jackson, Henderson
  • Memoirs of U.S. Grant
  • Battles and Leaders of the Civil War, R.E. Lee and  Lee's Lieutenants, Freeman
  • Years of Victory and Years of Endurance, Bryant
  • Gallipoli, Hamilton
  • Thucydides Histoire Militaire de la Grèce
  • Mémoires de Ludendorff, Von Hindenburg et Foch
  • Gengis Kahn, Alexander, Lamb
  • Alexander, Weigall
  • The Home Book of Verse
  • tous les écrits de Winston Churchill
  • toutes les oeuvres de Kipling
  • tous les écrits de Liddell Hart
  • tous les écrits de J.F.C. Fuller et plus spécialement Generals, Their Diseases and Cures
Durant la Seconde Guerre Mondiale, Patton a également lu des livres traitants des zones dans lesquelles il devait combattre par la suite ou encore d'auteurs dont il respectait les connaissances tactiques:
  • The Normans in Sicily, Knight
  • The Greatest Norman Conquest, Osborne
  • The History of the Norman Conquest of England, 5 volumes Freeman
  • Infantry Attacks, Rommel
Les esprits chagrins pourront noter que les moyens de faire la guerre ont bien changé depuis les exploits du général Patton mais comme ce dernier le disait luit même expliquant ainsi l'intérêt de la culture générale: "What you must know is how man reacts. Weapons change, but man who uses them changes not at all. To win battles you do not beat weapons, you beat the soul of the ennemy"

Source: Armchair General magazine march 2004

mardi 20 décembre 2011

Filmographie indispensable (2): Frères de Sang -Taegukgi (2004)

Cette fois, c'est l'actualité qui inspire ce billet cinématographique. En effet, la mort du "cher" leader Kim Jong-il remet la Corée au devant d'une actualité internationale toujours dense. Ce pays est encore aujourd'hui l'une des victimes collatérales de l'opposition bipolaire entre occident et communisme. Comme l'Allemagne, il subit la partition à hauteur du 38ème parallèle en 1953, à l'issue d'une guerre fratricide. Alors que l'Allemagne connaissait la réunification en 1990, la Corée du Nord persiste, avec l'appui de la Chine, dans la voix d'un communisme forcené et montre régulièrement les dents à une Corée du Sud pas forcément moins agressive soutenue par les Etats-Unis. Plusieurs films ont traité de la guerre de Corée - Baïonnettes au canon, Côte 465, Les ailes de l'espérance ou encore la série U.S. M.A.S.H. - mais la plupart avec une vision occidentale ou plus précisément hollywoodienne. Frères de Sang - Taegukgi sorti en 2004 fait donc figure de quasi exception car c'est un des rares films coréens parlant de la guerre civile et ayant connu une vraie carrière internationale.


Le fil conducteur du film repose sur l'histoire de deux frères, l'aîné travaillant durement pour envoyer son cadet à l'université. Tout est remis en cause lorsque la guerre éclate entre les deux Corées le 25 juin 1950 et que le plus jeune est enrôlé de force. Son frère qui tente de faire annuler sa réquisition subi alors le même sort. La caméra suit l'évolution des deux frères au milieu d'un conflit qui les dépasse totalement.


Film le plus cher du cinéma coréen à sa sortie avec un budget de plus de 12 millions de dollars, Frères de Sang est assurément du grand spectacle. Avec près de 25000 figurants, de gros efforts pour reconstituer le plus fidèlement possible les équipements militaires et des effets  spéciaux de qualité, certaines scènes de combat sont d'une rare efficacité. Le réalisateur, Kang Je-gyu, a fait le choix du réalisme en reprenant les nouveaux codes du genre initiés par le film de Spielberg, "il faut sauver le soldat Ryan". Et c'est vrai que les analogies sont nombreuses ce qui pour certains critiques s'apparente à du plagiat. Néanmoins, la spécificité historique donne tout son intérêt à cette œuvre. On suit l'entrée en guerre de la Corée du Sud manquant totalement de préparation ce qui amène les armées du Nord aux portes de Séoul avant que les Etats-Unis décident d'entrer en action afin d'éviter l'"effet domino" communiste. La Corée du Sud reprend le dessus et franchit à son tour la frontière du Nord jusqu'à ce que la Chine entre à son tour dans la danse rééquilibrant ainsi les forces en présence. Il n'y a pas de vrai parti pris ni aucune complaisance non plus dans l'évocation du comportement des combattans - et des non-combattants - du Nord comme du Sud. Parfois manichéen, souvent perturbant, le film manque parfois d'un peu de finesse mais il parvient à éclairer les traumatismes toujours vivaces engendrés par ce conflit dont le résultat perdure aujourd'hui avec la scission de la Corée depuis 1953.



Frères de Sang - Taegukgi* (2004) de Kang Je-gyu avec Jang Dong-gun et Won Bin; durée: 147 mn DVD Universal
* drapeau national Sud-Coréen

N.B.: N'hésitez pas à laisser vos commentaires, d'accord pas d'accord, afin que chacun puisse se faire une idée et choisir de regarder...ou non

samedi 3 décembre 2011

Le réveil de l'ours russe

La fin de l'empire soviétique en décembre 1991 - il y a déjà 20 ans - a laissé la place à la seule super puissance américaine et entraîné l'hibernation forcée des rêves de puissance russe. Après quelques années de léthargie, la diplomatie russe semble s'être décomplexée lui permettant de retrouver un rôle dans les affaires du monde.

La descente aux enfers

Après le référendum de décembre 1991 où les Ukrainiens se déclaraient massivement favorables à l'indépendance - les Russes vivant en Ukraine compris - Mikhael Gorbatchev n'a pas eu d'autre choix que de constater la fin de l'empire construit par Lénine et Staline. Empétrée dans les difficultés économiques et la volonté d'indépendance de nombreuses régions de la fédération, la Russie est alors trop occupée à lutter pour sa survie pour penser à peser dans la diplomatie mondiale. Elle vit alors ce qu'elle considère longtemps comme une suite d'humiliation. En effet, libérés du joug soviétique, les pays d'Europe de l'Est se rapprochent massivement de l'occident en cherchant l'intégration au sein de l'Union Européenne ou en frappant à la porte de l'OTAN. Pour stopper l'hémorragie indépendantiste, la Russie de Boris Eltsine décide d'intervenir en Tchétchénie en 1994. Après un bombardement massif et la prise de la capitale Grozny, les troupes russes sont confrontées à une résistance féroce qui voit les rebelles tchétchènes reprendre la ville et entraîner le retrait russe en août 1996.


Grozny - crédit inconnu



Lorsque la crise yougoslave se transforme en guerre, la Russie ne peut empêcher l'intervention américaine qui condamne ses cousins slaves de Serbie. le schéma se reproduit en 1999 lors de la scission du Kosovo bien que cette fois les Russes montrent davantage de résistance en envoyant un contingent sur place et en suspendant sa coopération avec l'OTAN. Cela ne suffit pas à influer sur l'issue du conflit et la Serbie est une nouvelle fois contrainte par la communauté internationale de céder.

les premiers signes du réveil

l'arrivée de Vladimir Poutine coïncide avec les premiers sursauts de la puissance russe. En 1999, il décide d'intervenir à nouveau en Tchétchénie après plusieurs attentats. Bien que les forces russes connaissent à nouveau de grandes difficultés, elles parviennent à reprendre Grozny en février 2000. Dans cette opération, la Russie parvient à installer au pouvoir des hommes qui lui sont inféodés tel que Ramzan Kadirov sans se préoccuper des faibles remontrances internationales.
L'amélioration de la situation économique à partir de 1998 favorise la prise de parole russe. Forte de ses réserves gazières et pétrolières, la Russie dispose d'un avantage économique qui croit au même rythme que le besoin de ces matières premières. cela fait dire à M. Poutine que Gazprom est un puissant levier d'influence économique et politique sur les autres pays. Il n'hésite d'ailleurs pas à utiliser cette force dans ses relations avec l'Ukraine mais aussi l'Europe qui dépend largement des exportations russes.

Désinhibition et retour au statut de superpuissance?

2008 marque le tournant géostratégique pour la Russie. L'Ukraine et la Géorgie cherche alors à rejoindre l'OTAN et les Etats-Unis ne tentent pas de les en dissuader. Les Russes, estimant que le cas de ces pays ne pouvait être le même que la Pologne ou l'Estonie, préviennent qu'ils ne laisseront pas ces adhésions se faire. Après plusieurs esclandres diplomatiques, la Russie décide d'intervenir militairement en Géorgie prétextant de protéger ses citoyens abkhazes et Sud-Ossètes. Après quatre jours d'intervention, Medvedev, estimant les objectifs atteints, stoppe l'armée. Il décide de la laisser sur place pour garantir la paix. Cette opération est un signal fort lancé aux occidentaux: la Russie peut à nouveau dire non et faire respecter son avis.


crédit: deesillustration.com
 
Après avoir fait sauter un verrou psychologique, la Russie cherche à trouver sa puissance d'antan. Pour cela, elle fait le choix de moderniser sa défense et à s'équiper d'outils de projection tels que les quatre BPC de type Mistral commandés à la France. Cela doit l'aider à faire valoir ce qu'elle considère comme ses droits, notamment dans l'Arctique où les réserves en matière première entraînent d'ores et déjà un accroissement des tensions. Le gouvernement russe n'hésite d'ailleurs plus à montrer sa force comme le montre les différentes annoncent militaires autour de cet enjeu - création de deux brigades pour l'Arctique, nouveaux sous-marins, modernisation des brise-glaces, etc.
La gestion de la crise en Syrie est un autre exemple de la diplomatie décomplexée russe. Opposée à une quelconque intervention occidentale, elle joue de son véto au conseil de sécurité à l'ONU pour l'empêcher. Et pour appuyer cette position, la Russie a décidé de l'envoi d'un groupe aéronaval envoyant ainsi un nouveau signal fort.
Enfin, face à la volonté américaine persistante de créer un bouclier anti-missiles en Europe, la Russie menace de répondre par la mise en place d'un système propre, comme aux plus belles heures de la guerre froide.


BPC Mistral - crédit: Theatrum Belli


Pendant que les Etats-Unis connaissent un déclin relatif de leur domination géopolitique comme l'écrit Stéphane Taillat , la Russie affirme ses positions et s'inscrit comme prétendant au statut de super puissance. Signe - anecdotique? - de son poids géopolitique croissant, 50 000 serbes du Kosovo ont fait une demande pour obtenir la nationalité russe. Ils considèrent en effet que seule la Russie peut dorénavant leur permettre d'atteindre leur revendication face aux occidentaux.

mardi 25 octobre 2011

L'Islande redevient-elle stratégique?


L'Islande est un des premiers pays à avoir subi de plein fouet les conséquences de la crise financière de 2008. Son système économique et ses banques étant fortement liés aux Etats-Unis, il n'est pas surprenant que cette petite nation -103125 km2 pour un peu plus de 300000 habitants - soit une des premières victimes de la crise des subprimes. Ironie du sort, cette proximité avec les Etats-Unis a souvent été mal vécue par les Islandais qui se l'était vu imposée par la position géographique de l'île et l'évolution de l'Histoire.

Crédit Icelandair

Un revolver sur la tempe

Isolée au nord de l'Europe, dotée d'un climat particulièrement rude, l'Islande n' a été rattachée au continent que par son appartenance à la Norvège puis à la couronne danoise, elle obtient son entière indépendance en 1944. Pauvre et inhospitalière, l'île a toujours été préservée des conflits qui ravagèrent l'Europe même si elle eut a subir certaines conséquences comme le blocus imposé par Napoléon 1er à l'Angleterre, elle même principale pourvoyeuse de ressources à l'Islande. Cet isolement a forgé chez les Islandais un véritable idéal pacifiste et neutraliste. Cependant les réalités géopolitiques vont rattraper ce peuple nordique car comme le déclare l'Allemand Haushofer : "Celui qui contrôle l'Islande a dans les mains un revolver pointé sur l'Angleterre, les Etats-Unis et le Canada". Lors de la Deuxième Guerre Mondiale, les Alliés, ayant parfaitement conscience de la valeur stratégique de l'île, ont décidé de s'y déployer de manière préventive, les Britanniques, tout d'abord, en mai 1940 suivi par les Américains, après qu’un accord de défense ait été signé,  en juillet 1941. Les velléités neutralistes des Islandais les incitent à négocier le départ des Américains dès la fin du conflit. C'était sans compter la bipolarisation du monde consécutive à la guerre et la déclaration de Haushofer retrouvait alors toute sa dimension. Les Etats-Unis ont à nouveau pesé de tout leur poids pour faire pencher l'Islande dans le camp occidental. Après avoir signé un nouvel accord en 1946, accord de Keflavik, l'Islande, pays sans armée, intègre l'OTAN en 1949 mettant sous l'éteignoir son désir de neutralité pour des raisons pragmatiques de sécurité et d'économie. Ces décisions se traduisent physiquement par l'installation de 5000 soldats américains sur la base de Keflavik ce qui rapporté à la population islandaise, environ 250000 âmes, correspond à une très forte présence. Celle-ci impacte nécessairement le mode de vie local, les habitants découvrant la modernité américaine et son formidable attrait. Cette présence est néanmoins mal supportée et les Islandais manifestent régulièrement pour le départ du contingent U.S.

Carte de l'Islande - Crédit inconnu


Avec la chute de l'URSS en 1991 et l'éventualité d'une pax americana sur le monde, la position de l'Islande perd de son caractère stratégique. Le pragmatisme anglo-saxon pousse les Américains a reconsidéré leur présence sur l'île bien que l'accord de Keflavik les lie jusqu'en 2001. Les Islandais ne possédant pas de système de défense autonome et ne disposant d'aucune alternative, cherchent en revanche à retenir le plus longtemps possible l'armée américaine sur l'île d'autant que la base joue un rôle non négligeable dans l'économie du pays. Finalement, les Etats-Unis décident unilatéralement de se retirer à compter de septembre 2006,  scellant ainsi la fin de la place stratégique de l'Islande.

F-15 américains sur la base de Keflavik - crédit inconnu

Renouveau stratégique?

Engluée dans ces difficultés économiques et politiques, l'Islande pourrait néanmoins retrouver un rôle stratégique lié à sa position géographique dans un avenir proche. En effet, la proximité de l'île avec le cercle polaire peut lui rendre un certain attrait notamment pour les pays ne disposant pas de ce voisinage. Pour mémoire et comme je le rapportais dans un billet précédent, l'accélération de la fonte des glaces fait de l'Arctique une future région majeure du transit commercial mondial. Mais surtout la zone détient 13% des réserves mondiales de pétrole, 30% pour le gaz naturel et 20% du gaz naturel liquide selon l'US Geological Survey.
Pour tenter de sortir de la crise, l'Islande a fait le choix historique - et peut être un peu opportuniste - de demander son rattachement à l'Union Européenne en 2009. Celle-ci, cherchant le consensus sur le traité de Lisbonne avant de penser à un nouvel élargissement, n'a pas donné d'assurance aux Islandais. Cette attitude ajoutée à l'"abandon" américain laisse un boulevard à la Chine qui n'a pas caché sa volonté d'aider l'Islande à se redresser notamment en fournissant près de 500 millions d'Euros aux banques islandaises. Cela entraîne bien évidemment la bienveillance des autorités islandaises et des initiatives individuelles telles que celle du Chinois Huang Nubo montrent tout l'intérêt de la Chine pour cette région.



Et la France?

Comme pour l'Union Européenne, la France a sans doute intérêt à un rapprochement avec l'Islande ne serait ce que pour limiter les intervenants extérieurs au cercle arctique et notamment la Chine. Au départ des Américains en 2006, l'Islande ne s'est pas constituée de défense et elle compte aujourd'hui sur la présence tournante d'avions de l'OTAN pour assurer sa sécurité. La France qui a participé à cette défense tournante dès 2008 en fournissant notamment 4 mirages 2000-5 et qui ne possède pas les moyens financiers pour apporter une aide économique directe, pourrait par le biais d'accord de défense accroître ses relations avec l'Islande afin de rester présent dans le futur grand jeu que représente l'Arctique.

samedi 8 octobre 2011

Les Simpsons instigateurs (malgré eux?) du French-bashing* menacés

La nouvelle a défrayé la sphère médiatique depuis près de deux jours: La série autour de la famille Simpsons  pourrait ne pas être reconduite par Foxnews. A l'idée de ne pas voir de nouvelles péripéties du fantasque Homer et de son fils Bart, bon nombre de Français risquent d'éprouver un grand vide télévisuel tant leur popularité est importante dans notre pays.


Mais parmi nos compatriotes combien savent que c'est une réplique issue de ce dessin animé qui sert encore aujourd'hui à exprimer la détestation de la France (plus exactement de ses habitants) par les Américains. En 1995, l'un des auteurs de la série avait décrit les français comme étant  des "chease-eating surrender monkeys" que l'on pourrait traduire sobrement par les singes capitulards mangeurs de fromage. L'intention de ce scénariste n'était sans doute pas de porter un jugement mais plus de faire un bon mot dans une série qui est souvent caustique.

Ralliement francophobe

Cette image peu flatteuse fut donc reprise avec beaucoup de force en 2003 lorsque la France refusa de s'engager au côté des Etats-Unis dans la guerre contre l'Irak et c'est le journaliste Jonah Golberg du National Review qui s'en est emparé pour montrer sa désapprobation. Il n'en était d'ailleurs pas à son coup d'essai puisqu'en 1999, il avait déjà publié les 10 bonnes raisons pour détester les Français dont notamment le fait que nous ayons laissé les Allemands prendre Paris sans tirer un coup de feu. Sa campagne de dénigrement a tellement bien fonctionné, les Américains étant déçu de ne pas nous voir avec eux dans ce conflit irakien, que l'expression est rapidement devenue un "cliché journalistique". Et celui-ci à la vie dure car l'image est régulièrement reprise comme lors de la mort d'Oussama Ben Laden, les Français étant accusé d'avoir critiqué la joie des Américains à l'annonce du décès du leader d'Al-Qaida. Au pays roi du capitalisme, vous pouvez d'ailleurs acheter sur internet différents objets arborant la caricature initiée par les Simpsons.


Dernière nouvelle, le site de CBS annonce que la série est reconduite pour au moins deux ans, l'occasion d'aller boire une bière avec Homer (et avec modération) et de se montrer fair-play (surtout en ce jour de victoire contre l'Angleterre en coupe du monde de rugby).

* dénigrement des Français

dimanche 4 septembre 2011

L'armement d'occasion, futur vecteur d'influence pour la France

 Plus de matériels, nouvelles opportunités

L'Elysée annonce, par un communiqué paru le 3 septembre, la prochaine actualisation du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Cette révision qui doit aboutir à "un document interministériel d'évaluation stratégique" pour la fin 2011 anticipe donc celle qui aurait du intervenir en 2012. Ce choix peut s'expliquer par les évolutions géopolitiques récentes telles que la mort de Ben Laden ou encore la guerre en Lybie. Néanmoins, certains analystes, comme Philippe Chapleau sur son blog Lignes de défense  , s'inquiètent du fait que cette réflexion ne débouche sur une nouvelle réduction des moyens de la défense au motif que l'environnement mondial se serait apaisé. Cette nouvelle restructuration pourrait s'ajouter à celle déjà en cours, la réduction du format des armées entraînant implicitement un surnombre d'équipement militaire comme le note le rapport parlementaire sur la fin de vie des équipements militaires présenté par le député Michel Grall. Ainsi, c'est près de 40 navires, 130 hélicoptères, 150 avions de tous types, 1500 engins blindés et 15000 camions et véhicules qui seraient potentiellement cessibles selon l'état-major des armées (EMA) pour la période 2010-2015. 

l'influence par l'occasion ou l'occasion d'influencer

La France a semble-t-il tout intérêt à dynamiser sa présence sur le marché de l'occasion et ce pour plusieurs raisons:
  • Tout d'abord, la conservation des équipements militaires notamment par stockage à un coût qui peut s'avérer élevé. A cela, s'ajoutera le coût de son démantèlement loin d'être anodin comme l'ex porte-avions le Clemenceau a pu le mettre en exergue.
  • Ensuite, à l'exception de l'Europe et sans doute bientôt des Etats-Unis, l'ensemble des régions du monde voient leur budget consacré à la défense augmenter. Certains pays choisissent pour des raisons économiques de s'équiper en matériels rodés et ayant déjà fait leurs preuves.
  • Enfin et c'est sans doute le plus intéressant, la cession de matériels militaires peut s'avérer un véritable levier d'influence pour la France comme le montre les exemples repris par le rapport parlementaire. 
Relais d'influence: c'est le cas de l'Allemagne qui dans les années 2000 a décidé de mettre en vente près de 1500 chars de type Leopard 2. Une majeure partie de ce stock a fini par équiper les pays d'Europe Centrale, et notamment la Pologne, périmètre historique de l'influence allemande.

Prendre pied sur un marché: en mars 2010 la Roumanie a souhaité renouveler sa capacité aérienne et après avoir mis en concurrence Saab et Eurofighter, elle a finalement opté pour l'achat de 24 F-16 américains d'occasion. Ce contrat d'1,3 milliards d'euros comprend l'assistance technique américaine, la formation des pilotes, l'acquisition de simulateurs, les avions n'ayant finalement quasiment rien coûté. Récemment la Roumanie faisait savoir sa volonté d'acquérir 24 F-16 neufs et éventuellement à plus long terme de 24 F-35!


Développer les échanges autres que ceux liés à la défense: grâce à la cession de 2 corvettes, la Corée du Sud a obtenu un accord d'exploitation de gaz avec le Kazakhstan.

Penser une nouvelle organisation

La France a déjà connu un certain succès avec le Brésil, car la vente de matériels d'occasion - porte-avions Foch, avions de combat - a renforcé le rapprochement de ces deux pays et sans doute permis la signature de contrats pour DCNS notamment (conception réalisation de 4 sous-marins conventionnels). 


Cependant, beaucoup reste à faire pour rentabiliser cette manne, car nombre d'acteurs (DGA, DIRISI, , EMA, etc.) rentrent en jeu pour permettre de telles cessions. Certains pays comme la Grande-Bretagne ou encore la Russie avec Rosoboronexport ont choisi d'avoir un organe centralisateur responsable des ventes de matériels d'occasion ce qui facilite sans aucun doute les discussions avec les États potentiellement acheteurs. Le rapport parlementaire ne privilégie pas cette option pour la France précisant que l'on ne traite pas d'équipements aéronautiques, comme des blindés ou encore des navires.
Il pointe néanmoins un élément commun aux pays les plus efficaces sur ce marché et encore à l'état embryonnaire en France: le pilotage politique de ce domaine et en général au niveau d'un secrétaire d’État. Pas forcément surprenant s'il on veut avoir une vraie vision stratégique dans ce secteur... comme dans d'autres.

mercredi 31 août 2011

La France veut une part de banquise!

Créer une capacité d'intervention

L'accident survenu le 30 août 2011 entre un mirage 2000-C français et un L-39 Albatros lituanien près de la base de Siauliai - Lituanie - met en exergue la participation française à l'opération de l'OTAN Air Baltic 2011. Cette mission est en fait une force de réaction rapide qui a pour but de surveiller l'espace aérien des trois pays baltes. La France a dernièrement accru sa participation en assurant un troisième tour en moins de deux ans. Cela permet aux équipages de l'armée de l'air de se tester ainsi que leur matériel dans les conditions nordiques. Les autres armées ne sont pas en reste. L'armée de terre fortement engagée en Afghanistan peut s'appuyer sur l'expérience acquise dans un pays où les conditions hivernales se rapprochent de l'Arctique. De plus la 27ème brigade d'infanterie de montagne participe régulièrement aux exercices otaniens Cold Response qui se tiennent en Norvège. La marine nationale, enfin, déploie un navire de surface et un sous-marin chaque année dans le Grand Nord.


The place to be 

Cette volonté de se donner les moyens d'agir en Arctique répond à la problématique qu'avait soulevé le général Georgelin alors chef d'état-major des armées en 2009 «l'ouverture des nouvelles routes commerciales par le Grand Nord et les tensions naissantes entre les pays limitrophes de l’Arctique pour l’exploitation des éventuels champs pétrolifères, nous font prendre conscience de l’enjeu que représente la sécurisation des accès aux ressources(...)"(1)
Selon l'institut géologique américain US geological survey,  la région contiendrait 13% des réserves mondiales de pétrole, 30% pour le gaz naturel et 20% du gaz naturel liquide. Il n'est donc pas surprenant que les états limitrophes - Canada, Russie, Etats-Unis, Norvège, Danemark - cherchent à s'accaparer ce trésor en revendiquant leur propriété sur cette zone stratégique. Mais d'autres prétendants se manifestent comme le démontre l'annonce de la Chine qui souhaite s'équiper de puissants brise-glaces  pour 2013.

carte issue de blog.mondediplo.net


Internationaliser l'Arctique

Du point de vue diplomatique, la France ne reste pas inactive afin d'éviter de se retrouver mise à l'écart. La nomination en mars 2009 de Michel Rocard comme ambassadeur pour les questions polaires relève d'un choix stratégique. En effet, l'ancien premier ministre possède une certaine expérience puisqu'il a initié le protocole lié au Traité de Madrid de 1991 dont la principale disposition est de faire de l’Antarctique une réserve naturelle consacrée à la paix et à la science. Ce principe, s'il était instauré pour l'Arctique permettrait d'assurer le libre accès aux nouvelles routes maritimes libérées par la fonte des glaces. Les démarches de M. Rocard s'appuie sur une volonté de préservation de l'environnement et notamment des réserves halieutiques de la zone.
Enfin la participation de la France en tant qu'observateur au conseil de l'Arctique et au conseil Euro Arctique de Barents confirme sa volonté de rester un acteur majeur dans la gestion des affaires de cette région hautement stratégique.

(1) Allocution du CEMA au colloque du Conseil économique de la Défense du 13/06/2009
sources:
Diploweb.com : Arctique, la France prend position

mercredi 10 août 2011

The Pacific versus Band of Brothers

Dimanche 14 août, France 2 diffuse pour la première fois (sur une chaîne non cryptée) la série événement produite par les célèbres Tom Hanks et Steven Spielberg, The Pacific. A cette occasion, elle est d'ailleurs re baptisée : Band of Brothers: l'enfer du Pacifique afin de souligner la parenté avec son illustre aînée. Cette dernière, réalisée il y a près de dix ans, avait connu un grand succès dans la plupart des pays où elle fut diffusée.



Du grand spectacle pour petit écran

Si Band of Brothers suit la Easy company unité américaine appartenant à un régiment de la célèbre 101ème airborne sur le front européen de la deuxième guerre mondiale dès l'opération Overlord, The Pacific, comme son nom le laisse présager, décrit le quotidien de quelques marines en Asie après l'attaque de Pearl Harbor par les Japonais. S'appuyant sur les témoignages des vétérans et richement doté - la série aura coûté 150 millions de Dollars US - ce programme assure le spectacle et les histoires personnelles sont suffisamment poignantes pour que l'on s'attache aux personnages.

 D'île en île

Néanmoins, je n'ai pas retrouvé le même plaisir qu'avec Band of Brothers. L'absence d'effet de surprise comme à la sortie de la première série, une connaissance moindre du théâtre d'opération ont sans doute contribué à ce sentiment. Cependant, au delà d'une éventuelle faiblesse scénaristique, la campagne du Pacifique, pour sa partie terrestre, semble avoir été menée d'une manière beaucoup plus linéaire que le front européen. En effet, le corps expéditionnaire composé en grande partie par les Marines a été confronté à un environnement et un climat particulièrement difficiles, sans accalmie possible bien au contraire - à la différence d'une Europe au quatre saisons marquées - Cet environnement est constitué quasi exclusivement d'îles qu'il faut conquérir une par une pour s'approcher de l'archipel Japonais et assurer un lien logistique particulièrement complexe. Chaque fois, c'est donc le même scénario qui se répète: un débarquement - opération toujours risquée et coûteuse en vies humaines - puis une lutte féroce pour déloger l'ennemi plus adapté aux conditions locales et dont l'acharnement est aujourd'hui légendaire.

La série rend bien compte de cette succession de combats ce qui la rend quelque peu répétitive et qui a sans doute contribué à sa baisse d'audience tout au long de sa diffusion aux Etats-Unis notamment. Quoiqu'il en soit et même si je considère l'intérêt télévisuel moindre que Band of Brothers, ce programme de qualité met à l'honneur des hommes et des femmes qui ont tout donné pour leur pays, ils ont donc valeur d'exemple dans une société qui semble en manquer terriblement.