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mercredi 21 mars 2012

Hommage aux parachutistes assassinés

Tombés sous les balles d'un fanatique parce qu'ils étaient militaires. Assassinés parce qu'ils représentaient cet ensemble d'hommes et de femmes au service de la Nation. Morts en France des conséquences de conflits extérieurs mais finalement morts pour la France...

Maréchal des logis chef Imad Ibn ZIATEN 
Caporal Abel CHENNOUF 
1ère  Classe Mohamed Farah Chamse-Dine LEGOUADE

En juillet 1942,  l'aspirant Zirnheld, appartenant au French Squadron de la Special Air Service (SAS) Brigade, effectue un raid en Lybie sur un aérodrome allemand. Au retour de cette opération réussie, il est mortellement blessé par une attaque aérienne. On retrouve alors sur son corps une prière qu'il avait lui même écrite quelques années auparavant (1938). Cette prière est très rapidement appelée prière du parachutiste. En hommage aux parachutistes assassinés en voici la retranscription écrite mais également chantée (la version donnée ici est celle adoptée par l'Ecole Militaire Inter Armes):

Mon Dieu, donne-moi la tourmente,
Donne-moi la souffrance,
Donne-moi l’ardeur au combat.
Mon Dieu, mon Dieu, donne-moi la tourmente,
Donne-moi la souffrance,
Et puis la gloire au combat, et puis la gloire au combat.

Ce dont les autres ne veulent pas,
Ce que l’on te refuse,
Donne-moi tout cela, oui, tout cela.
Je ne veux ni repos, ni même la santé
Tout ça, mon Dieu, t’est assez demandé.

Mais donne-moi, mais donne-moi,
Mais donne-moi la foi
Donne-moi force et courage,
Mais donne-moi la foi, donnes moi force et courage,
Mais donne-moi la foi
Pour que je sois sur de moi !


samedi 28 janvier 2012

Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité Nationale et vision stratégique

Le dernier Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité Nationale (LBDSN)  fut publié en juin 2008. Il faisait suite à celui réalisé sous le gouvernement Edouard Balladur en 1994. Le délai avec la parution d'une nouvelle mouture sera vraisemblablement moins long puisque la réflexion a déjà été initiée comme le souhaitait le président Nicolas Sarkozy. Ce document qui définit la stratégie globale de défense revêt un caractère essentiel pour les armées puisqu'il conditionne (justifie?) la taille et l'équipement de ces dernières. Elles participent d'ailleurs à la réflexion stratégique de manière permanente grâce à la délégation aux affaires stratégiques (DAS) créée au lendemain de la guerre du Golfe et qui mériterait à elle seule un article.

Défilé du 14 juillet - chars Leclerc crédit: defense.gouv.fr
 Alors quels sont les changements qui conduisent à de nouvelles études prospectives sensées nous éviter toute surprise stratégique*? 
Deux ruptures majeures peuvent être constatées depuis 2008:
  • Tout d'abord la situation dans les pays du Sud de la Méditerranée a profondément évolué suite aux différentes révolutions arabes, toujours en cours ou aux conséquences toujours sensibles (révoltes de Touareg au Mali par exemple).
  • Deuxième point et sans doute le plus sensible: la crise et son corollaire un budget anémié. Dans ces conditions comment conserver des ambitions internationales élevées?
Le choix de repenser le LBDSN a été fait peu après la mort de Ben Laden et ce qui pouvait sembler être une rupture ne l'est pas totalement puisque la menace Al Qaida perdure grâce notamment à ses "franchises" telle que Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). Tout au plus, le mouvement islamiste devrait il être moins omniprésent dans les problématiques de sécurité internationale.
D'autres tendances géopolitiques sont à prendre en compte dans cette réflexion stratégique comme le fait la DAS en réfléchissant sur les 30 prochaines années:
  • Le déclassement de l'Europe semble inéluctable.
  • Le modèle occidental est en perte de vitesse ce qui nous amène à une forme de transition géopolitique.
  • Les Etats-Unis dominent encore du point de vue militaire mais touchés par la crise également, les économies envisagées (actuellement près de 500 milliards sur 10 ans) risquent de leur faire perdre l'avance de leur défense notamment du point de vue technologique. Cela se traduit d'ores et déjà par des choix quand à leur déploiement: retrait de deux brigades stationnées en Allemagne et bascule de moyens vers l'Asie
  • Conséquence du point précédent, on pourrait assister à l'absence d'hyper puissance susceptible d'accroître l'instabilité et donc de favoriser la "conflictualité".
Les premières implications de ces tendances sont déjà tangibles. En effet, la crise budgétaire incite les Etats-Unis a un engagement moins important comme ce fut le cas en Lybie où ils laissèrent (voire incitèrent) les pays européens à prendre davantage d'initiatives. Dans ce contexte, le sommet de l'OTAN qui doit se tenir à Chicago pourrait être l'occasion de faire évoluer l'Alliance vers un outil plus souple,  plus pragmatique mais surtout dans lequel chacun s'impliquerait financièrement.
Cette problématique financière, l'argent restant le nerf de la guerre, oblige à repenser l'outil de défense si la France souhaite conserver une autonomie capacitaire:
  • Ainsi et paradoxalement, la crise peut offrir une nouvelle opportunité à une Europe de la Défense toujours balbutiante et bien mal en point. Le rapprochement franco-britannique pouvant en être une illustration - même s'il faut davantage y voir la représentation du pragmatisme anglo-saxon.
  • Dans l'idée de baisser les coûts, il semble rationnel de développer le modèle coopératif mis en oeuvre en Lybie avec la participation d'Etats tels que le Qatar. Cela permet bien évidemment le partage des frais mais aussi d'atténuer l'affichage "occidental" de la force.

Mirage 2000 du Qatar, crédit inconnu
  • la réduction des frais passe également par des interventions plus courtes, bornées dans le temps afin d'éviter des missions interminables telles que celles dans les Balkans ou en Afghanistan. Cela permet de limiter l'"empreinte au sol" - poids logistique de l'opération.
  • Enfin, l'externalisation de la sécurité est un tabou français largement dépassé par les anglo- saxons - avec néanmoins les dérives telles que Blackwater - et la France doit se doter d'une doctrine dans le domaine pour autoriser l'émergence d'acteurs nationaux et éviter de dépendre de ces mêmes groupes anglo-saxons. 
Au regard de tous ces éléments, il serait intéressant de pouvoir prédire tel madame Irma quels seront les engagements futurs. Cependant, la Tunisie et la Lybie sont là pour nous rappeler le danger d'un tel exercice. C'est pourquoi, peut on au mieux envisager quelles sont les zones géographiques conflictuelles. En cela, l'actuel LBDSN n'est à mon sens pas encore obsolète:
  • Bien que les changements soient nombreux au Sud de la Méditerranée, l'arc de crise définit en 2008 est toujours d'actualité et il faut sans doute se montrer attentif aux évolutions liées au printemps arabes et ses répercussions dans la périphérie.
  • Bien évidemment, l'environnement de sécurité d'Israël reste prégnant, considérant également que l'Iran fasse partie de cette problématique.
  • La lecture régulière du Courrier des Balkans rappelle la conflictualité potentielle de la région - conflits gelés.
  • L'Afrique dans son ensemble reste également une zone géographique à risque: RDC, Nigeria, etc.
  • Enfin et ça ne faisait pas partie de la précédente édition, l'Arctique devient hautement "crisogènes" car elle concerne les grandes puissances de ce monde - Etats-Unis, Canada, Russie, Union Européenne, Chine -  autour des plus grandes réserves énergétiques du globe et de futures routes commerciales majeures voir mes billets précédents sur le sujet ici, ici et là
L'article d'Atlantico écrit par le général (2S) Pinatel met également en exergue une autre zone possible d'action des forces armées: "l'armée française se retirera d'Afghanistan avec une expérience considérable face à la menace que nous allons rencontrer hors de nos frontières et probablement sur notre territoire national dans les années à venir." Bien que l'application de la contre insurrection en France n'est pas à souhaiter, la réflexion du général Pinatel rappelle la nécessité de revoir également l'utilisation de l'outil militaire sur le territoire national notamment au moment où le nombre d'opérations décroît grandement - Côte d'Ivoire, retrait d'Afghanistan fin 2013. La gestion des crises grâce aux moyens militaires est un vrai enjeu qui nécessite d'avoir une réflexion sur la polyvalence des matériels pour qu'ils puissent effectuer des missions de sécurité civile par exemple. Cela aurait le double avantage d'accroître la légitimité du budget de la défense pour les Français et de contribuer au lien armée nation de manière plus tangible. Il convient cependant de réfléchir à la priorité à accorder à l'emploi des moyens militaires et par qui.


Moyens du génie après la tempête Xynthia crédit: vendéeinfos.com


La stratégie française de défense et de sécurité sera donc grandement contrainte par un budget en berne, elle devrait reposer donc sur une posture défensive de réponse aux risques et menaces et non pas sur une volonté d'accroissement d'influence. Les forces armées devront poursuivre cette adaptation à la réaction à minima (justifiant une nouvelle baisse des effectifs?). En cela au moins, le futur LBDSN ne rompra pas avec l'édition actuelle.

 * au sujet de la surprise stratégique lire la série de billets proposée par Olivier Kempf sur EGEA

samedi 10 décembre 2011

BPC: le couteau suisse de la Marine Nationale

Sea Power

Lorsque l'amiral Alfred Thayer Mahan (1840 - 1914)  a voulu comprendre ce qui faisait la puissance du Royaume-Uni, il en a déduit que le leadership mondial passait par la maîtrise des mers pour pouvoir commercer en temps de paix et en assurer le contrôle en temps de guerre. Ses réflexions sur le "sea power" influencent grandement la politique extérieure américaine qui se dote peu à peu d'une marine puissante. Héritière de cette pensée, la thalassocratie américaine continue de dominer les océans conservant ainsi une longueur d'avance sur la Chine dont les capacités de projection maritimes lui interdisent encore - mais pour combien de temps? - de prétendre au même rang de puissance militaire. 


Multi-pass

Au regard de ce concept géopolitique, la France, bien que ne disposant pas des moyens américains, a su développer un outil particulièrement efficient: le BPC bâtiment de projection et de commandement. Produit conjointement par DCNS et STX France - ex Chantiers de l'Atlantique - sur les chantiers navals de Saint-Nazaire, ce navire s'avère novateur par sa capacité multifonction. A partir d'une même plateforme, il peut être un porte-hélicoptère, un navire-hôpital de plus de cinquante lits, un transport de troupes, un moyen de mise en œuvre d'assaut amphibie et enfin un bâtiment de commandement. 
Cette modularité est indéniablement un atout. Elle offre, en effet, aux forces armées françaises la capacité de répondre à la majorité des problématiques actuelles, de la crise humanitaire à une crise plus conventionnelle nécessitant l'envoi d'un corps expéditionnaire pouvant être commander à partir du navire même.

BPC Mistral et hélicoptère TIGRE, crédit inconnu


Les deux premiers bateaux de ce type, le Mistral et le Tonnerre,  ont été mis en service respectivement en 2006 et 2007 et ils disposent d'ores et déjà d'une belle expérience opérationnelle. Le Mistral a ainsi participé à l'opération baliste en 2006 dès sa sortie de chantier. Il démontre rapidement sa pertinence en succèdant au Sirocco en tant que bâtiment de commandement et en évacuant plus de 1300 ressortissants. En 2008, il apporte un soutien humanitaire en Birmanie à la suite du cyclone Nargis. Enfin, cette année les deux BPC ont participé à la campagne lybienne - opération Harmattan - en permettant notamment le déploiement déterminant des hélicoptères de l'aviation légère de l'armée de terre.




La France qui dispose, pour l'heure, de deux BPC - le Mistral et le Tonnerre - a prévu d'en acquérir quatre, le Dixmude, devant être opérationnel courant 2012, assurera la mission de formation "Jeanne d'Arc". 


Exportation?

Fonctionnel et semble-t-il doté d'un bon rapport qualité prix, le bâtiment de projection et de commandement pourrait être un succès à l'exportation au regard des besoins croissants de moyens de projection. Preuve de l'intérêt qu'il suscite, la Russie a signé un contrat pour quatre navires de ce genre dérogeant à ses habitudes de préférence nationale dans l'achat d'armement. Ce contrat a d'ailleurs créé une polémique au sein des pays de l'OTAN car certains voient d'un très mauvais œil le renforcement des capacités de projection des armées russes surtout à la suite de la guerre en Géorgie. L'amiral russe Vysotskiy avait d'ailleurs précisé qu' "un tel bateau aurait permis à la flotte de la Mer Noire d'envahir la Géorgie en quarante minutes au lieu de vingt-six heures".
A l'heure des interrogations sur la vente du Rafale à l'exportation et vu la capacité gauloise à l'autocritique dans ce domaine comme dans d'autres, il est important de noter que la France peut encore conduire des projets d'armement cohérents lui permettant pendant encore quelque temps d'être présent dans la résolution des crises internationales et de prétendre à une partie du "Sea Power" de l'amiral Mahan.

Pour suivre au mieux les problématiques maritimes et notamment les moyens de la Royale, je vous conseille la lecture du blog Le Fauteuil de Colbert  . Vous y trouverez notamment des informations bien plus détaillées et pertinentes sur les BPC, bonne lecture...

samedi 10 septembre 2011

Où va l'OTAN?

Si depuis le sommet de Lisbonne en novembre 2010, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord s'est lancée dans une restructuration majeure liée à l'adoption d'un nouveau concept stratégique, les nombreux événements de cette année 2011 incitent à s’interroger sur le devenir de l'alliance. 


Une organisation mutante

Comme le montre le choix français de relancer la réflexion sur le livre blanc de la défense et de la sécurité nationale de manière anticipée, l'évolution parfois surprenante de l'environnement international oblige à une remise en question récurrente. L'OTAN a su jusqu'à présent s'adapter aux circonvolutions du monde en accueillant en son sein des anciens pays du bloc de l'Est à la chute de l'URSS, en adaptant ses procédures ou en apprenant à travailler avec les Nations Unies. Cela a également conduit l'organisation à s'impliquer dans différents conflits comme au Kosovo en 1999 sans que les clauses d'engagement initiales aient été respectées, l'humanitaire et la volonté de répondre à une résolution de l'ONU légitimant l'action. De la même manière, l'Alliance qui avait pour but préalable la protection des pays évoluant dans l'Atlantique Nord s'est engagée loin de ses bases, en Afghanistan, à la suite de l'attaque du 11 septembre 2001 sur les États-Unis.

Des signes inquiétants

Aujourd'hui, l'OTAN est toujours présente en Afghanistan où elle constitue la Force Internationale d'Assistance et de Sécurité (ISAF en anglais) et les stratèges de l'organisation recherchent une solution pour sauvegarder ce qui a été accompli après que les Etats-Unis puis la France dans son sillage aient annoncé un retrait pour 2014. Sans vouloir préjuger de la situation à cet horizon, il semble aujourd'hui difficile d'attendre un succès probant de l'ISAF et les grandes difficultés de l'Alliance dans ce pays sont susceptibles de lui faire perdre du crédit à travers le monde.

crédit inconnu

Plus récemment, l'OTAN s'est engagée en Lybie suite à une résolution de l'ONU et afin d'éviter que le Colonel Kadhafi élimine indistinctement civils et rebelles. Ces résolutions contraignantes - les interventions devant protéger la population des mesures de représailles - se sont traduites par un engagement essentiellement aérien mené notamment par les Anglais et les Français. Cependant avant d'en arriver là, de nombreuses tractations ont eu lieu mettant au jour les difficultés internes de l'Alliance, chaque pays ayant des intérêts parfois divergents. Ainsi l'Allemagne s'est abstenue de toute participation militaire. De plus, et alors que les États-Unis ne souhaitaient pas mettre en avant leurs moyens, la force d'intervention fut bien difficile à mettre en place pour assurer l'efficacité des frappes. Enfin pour plusieurs pays, Russie, Chine, Algérie, l'OTAN a usé d'artifices diplomatiques pour finalement prendre parti dans une guerre civile et démontrer ainsi une grande partialité.

Ce conflit lybien fut enfin l'occasion d'une saillie de l'ancien chef du Pentagone Robert Gates. Ce dernier, sur le départ, n'a pas mâché ses mots sur l'incapacité européenne à régler le problème en Lybie. Il vitupère ainsi contre une vingtaine de pays alliés qui ne veulent ou surtout ne peuvent pas intervenir obligeant une fois encore les États-Unis à s'impliquer financièrement et militairement. Cette diatribe d'un membre éminent du gouvernement américain montre l'agacement croissant outre-Atlantique d'autant que le pays est lui aussi cruellement atteint par la crise économique et financière. Tellement atteint qu'il pourrait envisager un désengagement partiel de l'Alliance?


Perte d'audience?

Divergences affichées, difficultés militaires et sans doute financières, tous ces éléments nécessitent une nouvelle réflexion sur le devenir de l'Alliance Atlantique car dans le même temps des alternatives peuvent voir le jour et entraîner de nouvelles mutations géopolitique. Ainsi la Russie s'est dite prête lors du sommet de Lisbonne à mettre en œuvre son propre bouclier anti missile pour protéger les pays d'Europe Orientale. Plus récemment encore, elle proposait ses missiles S-500 pour participer à l'élaboration de ce bouclier. Certains pays de la région pourraient, le temps aidant à oublier, être de nouveau attirés dans le giron russe.

crédit inconnu


L'OTAN est encore aujourd'hui fortement dépendante de la super puissance américaine mais celle-ci vient de vaciller sur son piédestal déstabilisée par la crise économique. L’Alliance devra sans doute une nouvelle fois s'adapter si elle veut pouvoir conserver un pouvoir de dissuasion nécessaire aux règlements des affaires de ce monde.

N.B.: pour en savoir davantage sur l'OTAN, lire le très bon et très complet: L'OTAN au XXIe siècle d'Olivier Kempf aux éditions ARTÈGE