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dimanche 30 octobre 2011

Le Danemark porte d'entrée de l'Arctique pour la Chine

Lors d'un discours prononcé à Pékin, l'ambassadeur du Danemark en Chine, Friis Arne Peterson, a estimé légitime et naturel l'intérêt économique et scientifique du pays communiste pour l'Arctique bien qu'il ne soit pas frontalier de cette zone. Il a poursuivi en précisant que son gouvernement souhaitait que l'on lui accorde le statut d'observateur permanent au Conseil Arctique.

Une Europe de plus en plus "sino dépendante"?

Cette déclaration, dans le contexte économique actuel, n'est pas forcément surprenante. En effet, l'Union Européenne à laquelle appartient le Danemark, traverse la pire crise de son histoire ce qui l'a obligé à accepter l'aide de la Chine pour soutenir son économie. Le Danemark qui dispose potentiellement avec le Groenland de ressources naturelles importantes devra faire de très gros investissements pour pouvoir les exploiter. Certains analystes voient donc dans le discours de l'ambassadeur danois un appel du pied aux investisseurs Chinois.

crédit le figaro: station de recherche chinoise en Antarctique


La Chine n'a jamais caché son intérêt pour la région et ne souhaite pas voir les Américains, Russes et Canadiens se partager le futur eldorado. Elle possède d'ailleurs depuis 2004 une station de recherche scientifique sur l'archipel de Svalbard et a lancé la production d'un brise-glaces de plus de 8000 tonnes pour 2013. Pour justifier sa présence dans le cercle arctique, la Chine estime que les eaux polaires devraient être considérées comme internationales.

Canada, l'attaque pour défense

Evidemment, les riverains de l'Arctique ne sont pas tous d'accord avec le Danemark. A commencer par le Canada qui suit avec la plus grande attention l'évolution des velléités chinoises. Certains observateurs n'hésitent pas à mettre en garde la Chine en précisant que l'argument des eaux internationales pouvait lui être retourné concernant ses prétentions sur le sud de la mer de Chine, voire même sur l'île de Taïwan. Les Analystes canadiens estiment que l'offensive est la meilleure défense et que le Canada devrait saisir la justice internationale pour légitimer définitivement ses prétentions sur l'Arctique.
Quoiqu'il en soit le jeu est aujourd'hui lancé

Pour plus d'information voire mes billets précédents ici et ici
source: http://www.vancouversun.com/news/China+enters+Arctic+equation/5625478/story.html

mardi 25 octobre 2011

L'Islande redevient-elle stratégique?


L'Islande est un des premiers pays à avoir subi de plein fouet les conséquences de la crise financière de 2008. Son système économique et ses banques étant fortement liés aux Etats-Unis, il n'est pas surprenant que cette petite nation -103125 km2 pour un peu plus de 300000 habitants - soit une des premières victimes de la crise des subprimes. Ironie du sort, cette proximité avec les Etats-Unis a souvent été mal vécue par les Islandais qui se l'était vu imposée par la position géographique de l'île et l'évolution de l'Histoire.

Crédit Icelandair

Un revolver sur la tempe

Isolée au nord de l'Europe, dotée d'un climat particulièrement rude, l'Islande n' a été rattachée au continent que par son appartenance à la Norvège puis à la couronne danoise, elle obtient son entière indépendance en 1944. Pauvre et inhospitalière, l'île a toujours été préservée des conflits qui ravagèrent l'Europe même si elle eut a subir certaines conséquences comme le blocus imposé par Napoléon 1er à l'Angleterre, elle même principale pourvoyeuse de ressources à l'Islande. Cet isolement a forgé chez les Islandais un véritable idéal pacifiste et neutraliste. Cependant les réalités géopolitiques vont rattraper ce peuple nordique car comme le déclare l'Allemand Haushofer : "Celui qui contrôle l'Islande a dans les mains un revolver pointé sur l'Angleterre, les Etats-Unis et le Canada". Lors de la Deuxième Guerre Mondiale, les Alliés, ayant parfaitement conscience de la valeur stratégique de l'île, ont décidé de s'y déployer de manière préventive, les Britanniques, tout d'abord, en mai 1940 suivi par les Américains, après qu’un accord de défense ait été signé,  en juillet 1941. Les velléités neutralistes des Islandais les incitent à négocier le départ des Américains dès la fin du conflit. C'était sans compter la bipolarisation du monde consécutive à la guerre et la déclaration de Haushofer retrouvait alors toute sa dimension. Les Etats-Unis ont à nouveau pesé de tout leur poids pour faire pencher l'Islande dans le camp occidental. Après avoir signé un nouvel accord en 1946, accord de Keflavik, l'Islande, pays sans armée, intègre l'OTAN en 1949 mettant sous l'éteignoir son désir de neutralité pour des raisons pragmatiques de sécurité et d'économie. Ces décisions se traduisent physiquement par l'installation de 5000 soldats américains sur la base de Keflavik ce qui rapporté à la population islandaise, environ 250000 âmes, correspond à une très forte présence. Celle-ci impacte nécessairement le mode de vie local, les habitants découvrant la modernité américaine et son formidable attrait. Cette présence est néanmoins mal supportée et les Islandais manifestent régulièrement pour le départ du contingent U.S.

Carte de l'Islande - Crédit inconnu


Avec la chute de l'URSS en 1991 et l'éventualité d'une pax americana sur le monde, la position de l'Islande perd de son caractère stratégique. Le pragmatisme anglo-saxon pousse les Américains a reconsidéré leur présence sur l'île bien que l'accord de Keflavik les lie jusqu'en 2001. Les Islandais ne possédant pas de système de défense autonome et ne disposant d'aucune alternative, cherchent en revanche à retenir le plus longtemps possible l'armée américaine sur l'île d'autant que la base joue un rôle non négligeable dans l'économie du pays. Finalement, les Etats-Unis décident unilatéralement de se retirer à compter de septembre 2006,  scellant ainsi la fin de la place stratégique de l'Islande.

F-15 américains sur la base de Keflavik - crédit inconnu

Renouveau stratégique?

Engluée dans ces difficultés économiques et politiques, l'Islande pourrait néanmoins retrouver un rôle stratégique lié à sa position géographique dans un avenir proche. En effet, la proximité de l'île avec le cercle polaire peut lui rendre un certain attrait notamment pour les pays ne disposant pas de ce voisinage. Pour mémoire et comme je le rapportais dans un billet précédent, l'accélération de la fonte des glaces fait de l'Arctique une future région majeure du transit commercial mondial. Mais surtout la zone détient 13% des réserves mondiales de pétrole, 30% pour le gaz naturel et 20% du gaz naturel liquide selon l'US Geological Survey.
Pour tenter de sortir de la crise, l'Islande a fait le choix historique - et peut être un peu opportuniste - de demander son rattachement à l'Union Européenne en 2009. Celle-ci, cherchant le consensus sur le traité de Lisbonne avant de penser à un nouvel élargissement, n'a pas donné d'assurance aux Islandais. Cette attitude ajoutée à l'"abandon" américain laisse un boulevard à la Chine qui n'a pas caché sa volonté d'aider l'Islande à se redresser notamment en fournissant près de 500 millions d'Euros aux banques islandaises. Cela entraîne bien évidemment la bienveillance des autorités islandaises et des initiatives individuelles telles que celle du Chinois Huang Nubo montrent tout l'intérêt de la Chine pour cette région.



Et la France?

Comme pour l'Union Européenne, la France a sans doute intérêt à un rapprochement avec l'Islande ne serait ce que pour limiter les intervenants extérieurs au cercle arctique et notamment la Chine. Au départ des Américains en 2006, l'Islande ne s'est pas constituée de défense et elle compte aujourd'hui sur la présence tournante d'avions de l'OTAN pour assurer sa sécurité. La France qui a participé à cette défense tournante dès 2008 en fournissant notamment 4 mirages 2000-5 et qui ne possède pas les moyens financiers pour apporter une aide économique directe, pourrait par le biais d'accord de défense accroître ses relations avec l'Islande afin de rester présent dans le futur grand jeu que représente l'Arctique.

mercredi 31 août 2011

La France veut une part de banquise!

Créer une capacité d'intervention

L'accident survenu le 30 août 2011 entre un mirage 2000-C français et un L-39 Albatros lituanien près de la base de Siauliai - Lituanie - met en exergue la participation française à l'opération de l'OTAN Air Baltic 2011. Cette mission est en fait une force de réaction rapide qui a pour but de surveiller l'espace aérien des trois pays baltes. La France a dernièrement accru sa participation en assurant un troisième tour en moins de deux ans. Cela permet aux équipages de l'armée de l'air de se tester ainsi que leur matériel dans les conditions nordiques. Les autres armées ne sont pas en reste. L'armée de terre fortement engagée en Afghanistan peut s'appuyer sur l'expérience acquise dans un pays où les conditions hivernales se rapprochent de l'Arctique. De plus la 27ème brigade d'infanterie de montagne participe régulièrement aux exercices otaniens Cold Response qui se tiennent en Norvège. La marine nationale, enfin, déploie un navire de surface et un sous-marin chaque année dans le Grand Nord.


The place to be 

Cette volonté de se donner les moyens d'agir en Arctique répond à la problématique qu'avait soulevé le général Georgelin alors chef d'état-major des armées en 2009 «l'ouverture des nouvelles routes commerciales par le Grand Nord et les tensions naissantes entre les pays limitrophes de l’Arctique pour l’exploitation des éventuels champs pétrolifères, nous font prendre conscience de l’enjeu que représente la sécurisation des accès aux ressources(...)"(1)
Selon l'institut géologique américain US geological survey,  la région contiendrait 13% des réserves mondiales de pétrole, 30% pour le gaz naturel et 20% du gaz naturel liquide. Il n'est donc pas surprenant que les états limitrophes - Canada, Russie, Etats-Unis, Norvège, Danemark - cherchent à s'accaparer ce trésor en revendiquant leur propriété sur cette zone stratégique. Mais d'autres prétendants se manifestent comme le démontre l'annonce de la Chine qui souhaite s'équiper de puissants brise-glaces  pour 2013.

carte issue de blog.mondediplo.net


Internationaliser l'Arctique

Du point de vue diplomatique, la France ne reste pas inactive afin d'éviter de se retrouver mise à l'écart. La nomination en mars 2009 de Michel Rocard comme ambassadeur pour les questions polaires relève d'un choix stratégique. En effet, l'ancien premier ministre possède une certaine expérience puisqu'il a initié le protocole lié au Traité de Madrid de 1991 dont la principale disposition est de faire de l’Antarctique une réserve naturelle consacrée à la paix et à la science. Ce principe, s'il était instauré pour l'Arctique permettrait d'assurer le libre accès aux nouvelles routes maritimes libérées par la fonte des glaces. Les démarches de M. Rocard s'appuie sur une volonté de préservation de l'environnement et notamment des réserves halieutiques de la zone.
Enfin la participation de la France en tant qu'observateur au conseil de l'Arctique et au conseil Euro Arctique de Barents confirme sa volonté de rester un acteur majeur dans la gestion des affaires de cette région hautement stratégique.

(1) Allocution du CEMA au colloque du Conseil économique de la Défense du 13/06/2009
sources:
Diploweb.com : Arctique, la France prend position