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mercredi 20 juin 2012

Force amphibie et défense européenne

Faire des économies

C'est la crise ma bonne dame, on vous le dit depuis plus de quatre ans déjà! 
Les caisses sont vides et la dette pèse toujours plus sur les finances publiques. Dans ce contexte particulièrement morose, l'ensemble des ministères - l'éducation nationale dans une moindre mesure - doit participer à l'effort national. Cependant, dès la fin de l'élection présidentielle, plusieurs voix - Martine Aubry (PS), Jean-Vincent Placé (EELV) et Michel Rocard (PS) - se sont fait entendre pour que la défense contribue encore davantage à cette cure d'amaigrissement budgétaire. En cela, ils ne sont pas différents de la majorité des Français selon plusieurs sondages. Néanmoins, ces prises de position sont en décalage avec les déclarations du candidat et futur président François Hollande qui certifiait que la défense n'allait pas être la variable d'ajustement et qu'elle participerait ni plus ni moins à l'effort collectif. Et pour permettre au ministère de faire des économies, le nouveau ministre de la défense souhaite relancer le "serpent de mer" de la défense européenne toujours léthargique.
Il est vrai comme on a pu le voir avec l'EATC que la collaboration européenne permet de combler une lacune capacitaire ou de partager le coût de fonctionnement de matériels lourds.

Une vraie force amphibie française

Indice de la puissance militaire, la force amphibie et la capacité à déployer un corps expéditionnaire nécessitent d'important moyens. Et dans ce domaine, la France fait encore bonne figure grâce notamment à la livraison de trois BPC - Mistral, Tonnerre et Dixmude - et l'arrivée récente des Engins de Débarquement Amphibie Rapide EDA-R. Si on ajoute à cela un Transport de Chaland de Débarquement TCD et les Chalands de Transport de Matériel CTM, la France peut armer des groupes ou forces amphibies allant de 310 personnes avec 1 BPC  à une force de 1400 Hommes avec 3 BPC et 1TCD.

EDA-R crédit: défense.gouv
 

Les forces de débarquement sont fournies par la division aéromobile du commandement des forces terrestres, la 6ème Brigade légère Blindée et la 9ème Brigade d'Infanterie de Marine. La France a, en effet, opté pour l'interarmée en matière d'amphibie, à la différence des Etats-Unis notamment et de leurs Marines. Cela présente l'avantage d'un plus grand réservoir de troupe capable de réaliser ce type d'opération. L'inconvénient réside dans le nombre plus important d'unités à entraîner ainsi certaines d'entre elles n'ont pu bénéficier de temps d'exercice ce qui diminue naturellement leur niveau d'interopérabilité.

Des engagements internationaux pour une meilleure efficacité

Pour entraîner sa force amphibie, la France s'appuie sur deux axes - en plus du programme national :
Tout d'abord les engagements bilatéraux et en premier lieu avec les Etats-Unis. C'est dans ce cadre que s'est déroulé l'exercice Bold Alligator, le plus gros de ces dernières années avec près de 16000 hommes engagés, 30 navires et 150 aéronefs. Cependant les Américains utilisent peu les normes OTAN limitant ainsi l'interopérabilité et qui conduit les Français à agir davantage en soutien d'une opération US.




L'autre échange privilégié se fait avec le Royaume-Uni dans le cadre du partenariat initié par David Cameron et Nicolas Sarkozy fin 2010. Un gros effort d'harmonisation est en cours pour permettre une meilleure coopération. Cet accord intéresse particulièrement les Britanniques car il leur permet de conserver un savoir-faire porte-avion (le groupe aéronaval étant un élément essentiel pour la mise en place d'une force amphibie) au moment où ils s'en trouveront privés. La Royale peut quant à elle combler ses quelques lacunes capacitaires en matière logistique notamment grâce aux moyens dont dispose la Royal Navy. 

Et l'Europe alors? 
 
Néanmoins la volonté affichée par Jean-Yves Le Drian de relancer la défense européenne pourrait inciter à freiner sur cette coopération trans-Manche au profit de l'Initiative Amphibie Européenne.


crédit inconnu
 

Cette dernière est le deuxième axe sur lequel s'appuie la France pour entraîner et améliorer sa capacité amphibie. Cette structure rassemble actuellement cinq pays: France, Angleterre, Espagne, Italie et Pays-Bas. La volonté est à l'élargissement et l'Allemagne a acquis un statut de membre associé. Cette initiative repose sur la réalisation (planification et conduite) d'exercice de manoeuvre amphibie comme ce fut le cas en 2010 avec Emerald Move, le prochain devant avoir lieu en Espagne en 2013 Flotex. Cependant, la situation financière des différents pays participants ne les incite pas à postuler pour prendre à leur charge la préparation d'exercices  pourtant nécessaires à une vraie synergie européenne. Ce manque de volonté se traduit par l'absence de définition d'un contrat opérationnel pour cette Initiative Amphibie Européenne qui l'obligerait.
Paradoxalement, l'argent pourrait être un des principaux obstacles à surmonter pour le ministre de la défense dans sa volonté de relancer une défense européenne. Pourtant cette collaboration est aujourd'hui nécessaire car si la France dispose encore aujourd'hui de moyens de projection amphibie performant, certaines lacunes se font d'ores et déjà ressentir tels que les capacités d'appui feux de la Marine Nationale aux actions au sol.  C'est un des enseignements de l'opération Harmattan et l'équipement de canons de plus faible diamètre sur les nouvelles frégates multi-missions  (76mm au lieu de 100 mm) ne devrait pas corriger ce déficit.

lundi 20 février 2012

L'Allemagne et la tentation prussienne


Impliqué dans un scandale financier, le président allemand Christian Wulf a présenté sa démission le 17 février. C'est un rude coup pour la chancelière Angela Merkel qui avait usé de tout son poids pour le faire élire en 2010. Les négociations entreprises entre les différents partis ont abouti au choix de Joachim Gauck pour succéder à Wulf. N'étant affilié à aucun parti politique, il jouit d'une très bonne réputation, la chancelière l'ayant qualifiée de "professeur de la démocratie".  Cette popularité lui vient notamment de son passé d'opposant au régime communiste de l'ex-RDA car comme bon nombre de dirigeants allemands depuis 1990, ce pasteur luthérien vient d'Allemagne de l'Est.

Le poids de l'histoire

C'est sous le règne de Frédéric II (1712-1786) que la Prusse devient une vraie puissance politique et militaire. Elle ne fait ensuite que s'agrandir à l'exception de la période napoléonienne dont elle est néanmoins une des principales bénéficiaires en récupérant la Rhénanie et la Westphalie lors du congrès de Vienne. Suite à la guerre austro-prussienne de 1864-1866 puis la guerre franco-prussienne de 1870, Bismarck réalise l'unification allemande sous la férule de la Prusse et des Hohenzollern. C'est la "solution petite-allemande" et la fondation de l'Empire Allemand (deuxième du nom).


Drapeau du Royaume de Prusse jusqu'en 1918

Après la défaite de 1918, la Prusse devient un "simple" Land au sein de la République de Weimar quand bien même le plus important géographiquement et le plus touché par le traité de Versailles. Ayant adhéré au national-socialisme, la Prusse est ensuite intégrée au sein du IIIème Reich hitlérien mais la défaite de 1945 lui porte un coup fatal. Les vainqueurs à l'instar de Mirabeau estimant que la guerre est l'industrie nationale de la Prusse décide la fin du berceau du militarisme allemand en proclamant la dissolution de l'état prussien en 1947.

La Prusse (en bleu) en 1871

L'autre héritage de la Seconde Guerre Mondiale s'est évidemment la scission du pays entre la RFA et la RDA et si la seconde conserve Berlin comme capitale, l'Ouest rassemble les organes administratifs et exécutifs de la fédération à Bonn.

Réunification et nouveau déplacement du centre de gravité allemand vers l'Est

La déliquescence de l'URSS à la fin des années 80 permet d'envisager la réunification allemande. L'Ouest étant vainqueur à l'usure, la RDA semble davantage absorbée par la RFA dirigée par le chancelier Helmut Kohl qui supporte le coût astronomique de cette renaissance. Cependant, dès le jour de la réunification le 3 octobre 1990, Berlin redevient la capitale de l'Allemagne et après un vote extrêmement serré au Bundestag en juin 1991, la décision est prise d'y transférer les institutions de Bonn (une partie de celles-ci demeurent néanmoins dans l'ancienne capitale de la RFA).
La fin de l'empire soviétique est également l'occasion pour l'Allemagne de renouer avec ses attractions géopolitiques originelles en intervenant dès que possible dans la "Mitteleuropa". Ainsi au moment de la dislocation de la Yougoslavie, l'Allemagne est le premier pays à reconnaître la Croatie. C'est aussi dans cette région et pour la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale qu'elle intervient militairement en participant aux différentes forces d'interposition. Comme le note la revue Diplomatie dans un dossier consacré à l'Allemagne paru en mars 2011: "Depuis la chute de l'Union Soviétique, l'Allemagne s'est engagé dans un rapprochement auprès des pays d'Europe de l'Est afin de renouer avec l'ancienne sphère d'influence de la Prusse et de l'Autriche".

Puissance décomplexée

Bundeswehr en Afghanistan crédit: Reuters
L'image de la Prusse est fortement associée à l'armée. Celle de l'Allemagne réunifée connaît un véritable renouveau. Avec plus de 250000 militaires, la défense est redevenue un vecteur d'expression de la politique allemande. La Bundeswehr a ainsi été engagée dans plusieurs opérations extérieures, en Bosnie au sein de l'EUFOR, au Kosovo avec la KFOR ou encore dans la FINUL au Liban. L'Allemagne est également un des plus grands contributeurs de troupes au profit de l'ISAF en Afghanistan. C'est prêt de 6700 soldats qui étaient projetés en 2011 (moitié moins cependant que le contingent français à la même période).
L'industrie d'armement allemande n'est pas en reste car le pays est au 3ème rang des exportateurs d'armement avec comme principaux clients l'Autriche, les Etats-Unis, la Turquie et l'Espagne.

Angela Merkel devant le Reichstag en 2009 crédit: Associated Press

Pour nombre d'Allemands, la relation avec l'histoire prussienne s'est apaisée et on se réfère davantage à cette période avec une certaine fierté, une nostalgie prussienne comme il existe une nostalgie napoléonienne en France. L'arrivée au pouvoir de la chancelière Angela Merkel originaire de l'ex RDA a normalisé le rapport entre les deux Allemagnes. Le pays traverse l'actuelle crise mondiale grâce notamment à la rigueur (caractéristique toute prussienne également) imposée par sa dirigeante. Sûre de sa force économique, l'Allemagne affirme sa position sur l'Europe avec ou sans l'habituel partenaire français. Elle se veut moralisatrice contre les pays trop dispendieux. L'arrivée prochaine d'un président allemand originaire de l'Est, pasteur luthérien ne saurait mieux incarner la rigueur, l'austérité et la discipline, caractéristiques traditionnelles de la Prusse.


Source: ambitions allemandes http://www.scribd.com/doc/58526762/Ambitions-allemandes-Note-d-Analyse-Geopolitique-n%C2%B025

 

dimanche 5 février 2012

En attendant l'A400M, l'European Air Transport Command

Composante importante de l'autonomie capacitaire d'intervention d'un pays, le transport aérien militaire est une vraie problématique pour les armées françaises aujourd'hui. Contrairement aux Etats-Unis avec leurs gigantesques C-17 et aux Russes avec leurs non moins gigantesques Antonov 124, la France ne dispose pas de capacité de transport stratégique de fret ce qui l'oblige d'ailleurs à louer ce type d'avion pour approvisionner les théâtres d'opération comme l'Afghanistan via un contrat SALIS (Strategic Air Lift Interim Solution).

Tigre chargé à bord d'un ANTONOV crédit: defense.gouv.fr




une flotte aérienne en soins palliatifs

Dans le même temps, la flotte française d'avions de transport tactiques , particulièrement sollicitée, est vieillissante. Elle est principalement constituée de C-160 Transall dont les premiers exemplaires furent mis en service en 1967. Bien qu'il y ait eu un programme de remise à niveau au début des années 1990, la quasi totalité des appareils de ce type ont atteint leur limite de vie et les mécaniciens de l'armée de l'air font preuve d'une grande ingéniosité pour leur conserver du potentiel. Les C-130 Hercule, bien que plus récents sont eux aussi sur une courbe descendante et seul les CASA CN-235 tirent leur épingle du jeu mais leur capacité d'emport en passagers ou en matériel est bien plus faible que celle des deux précédents. 
Prévu pour renouveler la flotte aérienne française, l'A400M d'Airbus a connu de grandes difficultés de conception liées notamment aux volontés différentes des partenaires sur le projet. Les problèmes furent si nombreux que la réalisation de l'avion fut même remise en cause par Thomas Enders président d'Airbus. Aujourd'hui, les doutes sont levés mais le programme a connu un tel retard que l'armée de l'air devrait recevoir son premier avion en 2013 (la version pour les troupes aéroportées n'arriverait qu'en 2014); elle devrait donc se trouver face à un trou capacitaire majeur entre ses appareils vieillissants et l'arrivée du très moderne A400M.

A400M crédit: aviationnews.eu
L'anticipation du vide

Afin d'éviter ce handicap majeur, la France a tenté de pallier ce déficit de deux manières. Tout d'abord, le ministère de la défense a passé commande auprès de la société Casa (entreprise espagnole filiale d'EADS) de huit CASA CN-235 le 25 mars 2010. Mais comme je l'ai déjà mentionné, les capacités de cet appareil reste insuffisantes au regard du besoin des armées françaises.

EATC à Eindhoven crédit: Belgian defense

L'autre initiative prise par la France, c'est la création de l'European Air Transport Command avec l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique le 1er septembre 2010. Ce nouveau commandement opérationnel a pour mission de rationaliser l'emploi des moyens en transport aérien des quatre pays contributeurs. Ainsi les avions sont placés sous l'autorité de cet organisme basé à Eindhoven et non plus sous celle de leur commandement national. Cependant, certaines situations permettent aux Etats d'utiliser leurs avions à leur convenance telles que l'évacuation de ressortissants. L'EATC est sensé atteindre sa pleine capacité opérationnelle en juillet 2013 mais d'ores et déjà le résultat de la régulation des 170 avions (dont 80 allemands et 60 français) semble donner satisfaction. Lorsqu'un avion français se rend en Afghanistan, il peut revenir avec des soldats allemands évitant ainsi des voyages à vide. La France qui devait donc connaître de grandes difficultés dans son transport aérien tactique limite cette fragilité en échangeant notamment des heures sur ses A310 contre des heures sur Hercule ou Transall. Exemple tangible d'une capacité européenne de défense, l'EATC devrait attirer d'autres nations. L'Espagne et le Luxembourg se montraient intéressés en 2010. L'Angleterre qui a baissé sensiblement son budget de la défense, est également attentive aux résultats de cet organisme européen.

des Euros contre de l'autonomie?
Le principe coopératif mis en oeuvre au sein de l'EATC semble devoir se développer en période de crise. L'OTAN vient en effet d'annoncer l'achat de cinq drones dans le cadre du système Alliance Ground Surveillance financé par 13 des 28 pays membres et auquel l'Angleterre et la France s'associent sans le financer (ils participeront par la mise à disposition éventuelle de leurs propres moyens: respectivement Sentinel et Heron). 
Cette mutualisation pose dans les deux cas le problème de la priorité qui sera donnée et par qui, à l'emploi du matériel. La baisse des coûts obtenue par ce système implique donc la perte d'un peu d'autonomie mais se poser la question n'est il pas déjà un problème de riche dans notre situation économique?

dimanche 22 janvier 2012

L'invasion de la Syrie est planifiée! (enfin virtuellement)

Les Jeux vidéos ont aujourd'hui une place de choix dans l'espace culturel mondial. Le jeu Call of Duty Modern Warfare 3 est ainsi devenu le produit culturel le plus rentable lors de sa sortie avec près de 9,3 millions d'unités vendues (6 millions avaient été pré-commandées). L'impact est donc grandissant sur la société comme le démontre également les réactions occasionnées par la sortie d'un jeu vietnamien 7554 repéré par Marsattaqueblog sur twitter avant de faire les titres de quotidiens plus huppés. Dans ce jeu, vous faites partie du Viet-minh et le but est d'éliminer un maximum de soldat français. Plutôt surprenant, lorsque depuis des années l'ennemi appartient à l'Axe, est Soviétique voire Vietnamien. Faut-il y voir un nouveau signe d'une "desoccidentalisation" (pas très heureux comme néologisme)? Pourquoi pas mais ce qui est sûr c'est que, pour ce type de jeu de guerre, l'inspiration géopolitique reste primordiale et l'imagination des concepteurs s'avère parfois surprenante, à la limite de la prémonition.


Combat Mission: Shock Force "The Syrian Invasion" en est une démonstration. Paru le 27 juillet 2007, ce jeu de stratégie (combat tactique au tour par tour) met en scène l'invasion de la Syrie par l'armée américaine. L'enjeu diffère quelque peu de la situation actuelle puisque le motif de l'action est de lutter contre le terrorisme, mais la problématique tactique reste identique et le jeu permet d'appréhender une opération moderne en milieu essentiellement désertique et urbain.


A la tête soit de la brigade de l'US Army Stryker, soit d'une brigade du corps expéditionnaire des Marines ou encore d'une task force composée par le Canada, le Royaume-Uni, l'Allemagne et les Pays-Bas vous vous engagez dans un pays disposant d'une armée équipée - certes par de l'armement de l'ère soviétique - et entraînée. Les T-72 et les forces spéciales syriennes posent rapidement des problèmes notamment en zone urbanisée et les casse-têtes tactiques se succèdent les uns aux autres. La capacité des armes utilisées est, semble-t-il, bien restitué ce qui contribue à l'aspect réaliste.

BRDM2-ATGM
 
L'expérimentation de ce jeu permet vite de comprendre la "frilosité" occidentale pour s'engager en Syrie, contrairement à la Libye, du point de vue tactique tout du moins. Deux points développés dans le jeu reflètent également les nouvelles caractéristiques des conflits modernes:
  • Tout d'abord, la présence d'IED (improvised explosive devices) le long des itinéraires est un héritage du conflit irakien. Plus difficile à détecter que le minage traditionnel et d'un coût très faible, c'est une véritable entrave à la liberté de mouvement. 
  • L'autre point c'est la prise en compte d'une task force multinationale pour cette opération d'invasion. En effet, et même si la coalition est à forte coloration américaine, le jeu pointe du doigt l'incapacité pour quelque nation que ce soit d'agir seule dans un conflit de ce type.

Carte livrée avec le jeu: Yapluka!

Précis, doté d'une intelligence artificielle de bonne qualité, Combat Mission: Shock Force pourrait être un bon outil de préparation intellectuelle pour tout état-major. Cette plateforme pourrait permettre, de manière ludique, la confrontation des choix tactiques pour en vérifier la faisabilité à l'instar de la phase de "wargaming" dans la conception des ordres. Néanmoins, comme le rappelle le colonel Goya sur son blog, il est nécessaire que les mentalités évoluent pour considérer un tel outil comme utile.

Le site officiel du jeu:
http://www.battlefront.com/index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=31&Itemid=80;

mardi 20 décembre 2011

Filmographie indispensable (2): Frères de Sang -Taegukgi (2004)

Cette fois, c'est l'actualité qui inspire ce billet cinématographique. En effet, la mort du "cher" leader Kim Jong-il remet la Corée au devant d'une actualité internationale toujours dense. Ce pays est encore aujourd'hui l'une des victimes collatérales de l'opposition bipolaire entre occident et communisme. Comme l'Allemagne, il subit la partition à hauteur du 38ème parallèle en 1953, à l'issue d'une guerre fratricide. Alors que l'Allemagne connaissait la réunification en 1990, la Corée du Nord persiste, avec l'appui de la Chine, dans la voix d'un communisme forcené et montre régulièrement les dents à une Corée du Sud pas forcément moins agressive soutenue par les Etats-Unis. Plusieurs films ont traité de la guerre de Corée - Baïonnettes au canon, Côte 465, Les ailes de l'espérance ou encore la série U.S. M.A.S.H. - mais la plupart avec une vision occidentale ou plus précisément hollywoodienne. Frères de Sang - Taegukgi sorti en 2004 fait donc figure de quasi exception car c'est un des rares films coréens parlant de la guerre civile et ayant connu une vraie carrière internationale.


Le fil conducteur du film repose sur l'histoire de deux frères, l'aîné travaillant durement pour envoyer son cadet à l'université. Tout est remis en cause lorsque la guerre éclate entre les deux Corées le 25 juin 1950 et que le plus jeune est enrôlé de force. Son frère qui tente de faire annuler sa réquisition subi alors le même sort. La caméra suit l'évolution des deux frères au milieu d'un conflit qui les dépasse totalement.


Film le plus cher du cinéma coréen à sa sortie avec un budget de plus de 12 millions de dollars, Frères de Sang est assurément du grand spectacle. Avec près de 25000 figurants, de gros efforts pour reconstituer le plus fidèlement possible les équipements militaires et des effets  spéciaux de qualité, certaines scènes de combat sont d'une rare efficacité. Le réalisateur, Kang Je-gyu, a fait le choix du réalisme en reprenant les nouveaux codes du genre initiés par le film de Spielberg, "il faut sauver le soldat Ryan". Et c'est vrai que les analogies sont nombreuses ce qui pour certains critiques s'apparente à du plagiat. Néanmoins, la spécificité historique donne tout son intérêt à cette œuvre. On suit l'entrée en guerre de la Corée du Sud manquant totalement de préparation ce qui amène les armées du Nord aux portes de Séoul avant que les Etats-Unis décident d'entrer en action afin d'éviter l'"effet domino" communiste. La Corée du Sud reprend le dessus et franchit à son tour la frontière du Nord jusqu'à ce que la Chine entre à son tour dans la danse rééquilibrant ainsi les forces en présence. Il n'y a pas de vrai parti pris ni aucune complaisance non plus dans l'évocation du comportement des combattans - et des non-combattants - du Nord comme du Sud. Parfois manichéen, souvent perturbant, le film manque parfois d'un peu de finesse mais il parvient à éclairer les traumatismes toujours vivaces engendrés par ce conflit dont le résultat perdure aujourd'hui avec la scission de la Corée depuis 1953.



Frères de Sang - Taegukgi* (2004) de Kang Je-gyu avec Jang Dong-gun et Won Bin; durée: 147 mn DVD Universal
* drapeau national Sud-Coréen

N.B.: N'hésitez pas à laisser vos commentaires, d'accord pas d'accord, afin que chacun puisse se faire une idée et choisir de regarder...ou non

samedi 10 septembre 2011

Où va l'OTAN?

Si depuis le sommet de Lisbonne en novembre 2010, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord s'est lancée dans une restructuration majeure liée à l'adoption d'un nouveau concept stratégique, les nombreux événements de cette année 2011 incitent à s’interroger sur le devenir de l'alliance. 


Une organisation mutante

Comme le montre le choix français de relancer la réflexion sur le livre blanc de la défense et de la sécurité nationale de manière anticipée, l'évolution parfois surprenante de l'environnement international oblige à une remise en question récurrente. L'OTAN a su jusqu'à présent s'adapter aux circonvolutions du monde en accueillant en son sein des anciens pays du bloc de l'Est à la chute de l'URSS, en adaptant ses procédures ou en apprenant à travailler avec les Nations Unies. Cela a également conduit l'organisation à s'impliquer dans différents conflits comme au Kosovo en 1999 sans que les clauses d'engagement initiales aient été respectées, l'humanitaire et la volonté de répondre à une résolution de l'ONU légitimant l'action. De la même manière, l'Alliance qui avait pour but préalable la protection des pays évoluant dans l'Atlantique Nord s'est engagée loin de ses bases, en Afghanistan, à la suite de l'attaque du 11 septembre 2001 sur les États-Unis.

Des signes inquiétants

Aujourd'hui, l'OTAN est toujours présente en Afghanistan où elle constitue la Force Internationale d'Assistance et de Sécurité (ISAF en anglais) et les stratèges de l'organisation recherchent une solution pour sauvegarder ce qui a été accompli après que les Etats-Unis puis la France dans son sillage aient annoncé un retrait pour 2014. Sans vouloir préjuger de la situation à cet horizon, il semble aujourd'hui difficile d'attendre un succès probant de l'ISAF et les grandes difficultés de l'Alliance dans ce pays sont susceptibles de lui faire perdre du crédit à travers le monde.

crédit inconnu

Plus récemment, l'OTAN s'est engagée en Lybie suite à une résolution de l'ONU et afin d'éviter que le Colonel Kadhafi élimine indistinctement civils et rebelles. Ces résolutions contraignantes - les interventions devant protéger la population des mesures de représailles - se sont traduites par un engagement essentiellement aérien mené notamment par les Anglais et les Français. Cependant avant d'en arriver là, de nombreuses tractations ont eu lieu mettant au jour les difficultés internes de l'Alliance, chaque pays ayant des intérêts parfois divergents. Ainsi l'Allemagne s'est abstenue de toute participation militaire. De plus, et alors que les États-Unis ne souhaitaient pas mettre en avant leurs moyens, la force d'intervention fut bien difficile à mettre en place pour assurer l'efficacité des frappes. Enfin pour plusieurs pays, Russie, Chine, Algérie, l'OTAN a usé d'artifices diplomatiques pour finalement prendre parti dans une guerre civile et démontrer ainsi une grande partialité.

Ce conflit lybien fut enfin l'occasion d'une saillie de l'ancien chef du Pentagone Robert Gates. Ce dernier, sur le départ, n'a pas mâché ses mots sur l'incapacité européenne à régler le problème en Lybie. Il vitupère ainsi contre une vingtaine de pays alliés qui ne veulent ou surtout ne peuvent pas intervenir obligeant une fois encore les États-Unis à s'impliquer financièrement et militairement. Cette diatribe d'un membre éminent du gouvernement américain montre l'agacement croissant outre-Atlantique d'autant que le pays est lui aussi cruellement atteint par la crise économique et financière. Tellement atteint qu'il pourrait envisager un désengagement partiel de l'Alliance?


Perte d'audience?

Divergences affichées, difficultés militaires et sans doute financières, tous ces éléments nécessitent une nouvelle réflexion sur le devenir de l'Alliance Atlantique car dans le même temps des alternatives peuvent voir le jour et entraîner de nouvelles mutations géopolitique. Ainsi la Russie s'est dite prête lors du sommet de Lisbonne à mettre en œuvre son propre bouclier anti missile pour protéger les pays d'Europe Orientale. Plus récemment encore, elle proposait ses missiles S-500 pour participer à l'élaboration de ce bouclier. Certains pays de la région pourraient, le temps aidant à oublier, être de nouveau attirés dans le giron russe.

crédit inconnu


L'OTAN est encore aujourd'hui fortement dépendante de la super puissance américaine mais celle-ci vient de vaciller sur son piédestal déstabilisée par la crise économique. L’Alliance devra sans doute une nouvelle fois s'adapter si elle veut pouvoir conserver un pouvoir de dissuasion nécessaire aux règlements des affaires de ce monde.

N.B.: pour en savoir davantage sur l'OTAN, lire le très bon et très complet: L'OTAN au XXIe siècle d'Olivier Kempf aux éditions ARTÈGE

dimanche 4 septembre 2011

L'armement d'occasion, futur vecteur d'influence pour la France

 Plus de matériels, nouvelles opportunités

L'Elysée annonce, par un communiqué paru le 3 septembre, la prochaine actualisation du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Cette révision qui doit aboutir à "un document interministériel d'évaluation stratégique" pour la fin 2011 anticipe donc celle qui aurait du intervenir en 2012. Ce choix peut s'expliquer par les évolutions géopolitiques récentes telles que la mort de Ben Laden ou encore la guerre en Lybie. Néanmoins, certains analystes, comme Philippe Chapleau sur son blog Lignes de défense  , s'inquiètent du fait que cette réflexion ne débouche sur une nouvelle réduction des moyens de la défense au motif que l'environnement mondial se serait apaisé. Cette nouvelle restructuration pourrait s'ajouter à celle déjà en cours, la réduction du format des armées entraînant implicitement un surnombre d'équipement militaire comme le note le rapport parlementaire sur la fin de vie des équipements militaires présenté par le député Michel Grall. Ainsi, c'est près de 40 navires, 130 hélicoptères, 150 avions de tous types, 1500 engins blindés et 15000 camions et véhicules qui seraient potentiellement cessibles selon l'état-major des armées (EMA) pour la période 2010-2015. 

l'influence par l'occasion ou l'occasion d'influencer

La France a semble-t-il tout intérêt à dynamiser sa présence sur le marché de l'occasion et ce pour plusieurs raisons:
  • Tout d'abord, la conservation des équipements militaires notamment par stockage à un coût qui peut s'avérer élevé. A cela, s'ajoutera le coût de son démantèlement loin d'être anodin comme l'ex porte-avions le Clemenceau a pu le mettre en exergue.
  • Ensuite, à l'exception de l'Europe et sans doute bientôt des Etats-Unis, l'ensemble des régions du monde voient leur budget consacré à la défense augmenter. Certains pays choisissent pour des raisons économiques de s'équiper en matériels rodés et ayant déjà fait leurs preuves.
  • Enfin et c'est sans doute le plus intéressant, la cession de matériels militaires peut s'avérer un véritable levier d'influence pour la France comme le montre les exemples repris par le rapport parlementaire. 
Relais d'influence: c'est le cas de l'Allemagne qui dans les années 2000 a décidé de mettre en vente près de 1500 chars de type Leopard 2. Une majeure partie de ce stock a fini par équiper les pays d'Europe Centrale, et notamment la Pologne, périmètre historique de l'influence allemande.

Prendre pied sur un marché: en mars 2010 la Roumanie a souhaité renouveler sa capacité aérienne et après avoir mis en concurrence Saab et Eurofighter, elle a finalement opté pour l'achat de 24 F-16 américains d'occasion. Ce contrat d'1,3 milliards d'euros comprend l'assistance technique américaine, la formation des pilotes, l'acquisition de simulateurs, les avions n'ayant finalement quasiment rien coûté. Récemment la Roumanie faisait savoir sa volonté d'acquérir 24 F-16 neufs et éventuellement à plus long terme de 24 F-35!


Développer les échanges autres que ceux liés à la défense: grâce à la cession de 2 corvettes, la Corée du Sud a obtenu un accord d'exploitation de gaz avec le Kazakhstan.

Penser une nouvelle organisation

La France a déjà connu un certain succès avec le Brésil, car la vente de matériels d'occasion - porte-avions Foch, avions de combat - a renforcé le rapprochement de ces deux pays et sans doute permis la signature de contrats pour DCNS notamment (conception réalisation de 4 sous-marins conventionnels). 


Cependant, beaucoup reste à faire pour rentabiliser cette manne, car nombre d'acteurs (DGA, DIRISI, , EMA, etc.) rentrent en jeu pour permettre de telles cessions. Certains pays comme la Grande-Bretagne ou encore la Russie avec Rosoboronexport ont choisi d'avoir un organe centralisateur responsable des ventes de matériels d'occasion ce qui facilite sans aucun doute les discussions avec les États potentiellement acheteurs. Le rapport parlementaire ne privilégie pas cette option pour la France précisant que l'on ne traite pas d'équipements aéronautiques, comme des blindés ou encore des navires.
Il pointe néanmoins un élément commun aux pays les plus efficaces sur ce marché et encore à l'état embryonnaire en France: le pilotage politique de ce domaine et en général au niveau d'un secrétaire d’État. Pas forcément surprenant s'il on veut avoir une vraie vision stratégique dans ce secteur... comme dans d'autres.