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dimanche 16 septembre 2012

L'armée américaine face à l'ennemi intérieur

La guerre en couleurs:

Depuis quelques mois, nous assistons à un accroissement très significatif des attaques de type "green on blue". Ce vocable otanien désigne des attaques sur les forces de la coalition (blue) par l'armée qu'elle est sensée appuyée (green), l'ennemi étant sans surprise red. La plupart des pays participant à l'ISAF a été confrontée à une action de ce genre. Les Américains, sans doute de part leur nombre, ont subi le plus de pertes de la coalition, les Français sur la FOB de Gwan ont payé un lourd tribut avec 5 soldats tués en janvier 2012 , et dernièrement les Australiens ont perdu 3 des leurs. Les forces de sécurité afghanes n'échappent pas à cette menace puisqu'elles subissent plus de pertes que l'ensemble de la coalition lors de "green on green" comme le relevait le journaliste nicolas Ropert.

crédit photo: Majid Saeedi / Getty Images

Comprendre pour éviter l'impair

Alors que l'on constate cette augmentation de "green on blue", le nombre de pertes liées aux attaques d'IED* - Improvised Explosive Device - est lui en baisse par rapport aux années précédentes. De là à dire que les Taliban ont fait de ces attaques de l'intérieur leur principal mode opératoire, il y a un pas que le général Allen n'est pas encore prêt à franchir. Evidemment, les meurtres de soldats alliés par l'armée qu'ils sont venus soutenir peut s'expliquer par l'infiltration de celle-ci par des éléments insurgés. Cependant, le commandant en chef de l'ISAF évalue cette hypothèse à 25% uniquement des cas recensés. Cela laisse supposer que les autres attaques résultent de vexations et d'incompréhension entre aidant et aidés ou encore l'appât du gain comme ce fut le cas à l'aéroport de Kaboul l'an dernier lorsqu'un pilote de l'armée de l'air afghane a abattu 8 instructeurs et un civil américain. La famille de celui-ci certifiait qu'il n'avait aucun lien avec l'insurrection et expliquait son geste par des problèmes financiers.
Fin février 2012, des soldats américains ont brûlé 500 copies du Coran et prêt de 1200 textes religieux à Bagram, provoquant ainsi des troubles meurtriers. L'armée américaine a aussitôt diligenté une enquête et après 6 mois d'investigation, elle considère que cet autodafé n'était pas intentionnel et résulte d'une profonde méconnaissance de la culture afghane et de la religion musulmane. Cependant, il est toujours surprenant qu'un des fondamentaux de la guerre contre insurrectionnelle ne soit toujours pas intégré par les forces américaines (mais pas seulement cf. soldats allemands jouant avec des ossements) après plus de dix ans de présence en Afghanistan. Pour remédier à cela, l'armée américaine a sensiblement accru le temps consacré aux us et coutumes afghans dans la préparation des troupes en instance de déploiement.

Manifestation à Bagram suite aux Corans brûlés - crédit: AP

L'ennemi intime

Bien que ces attaques  green on blue soient préoccupantes, les pertes qu'elles engendrent restent sans commune mesure avec un phénomène bien plus pernicieux. En effet, l'armée américaine connaît une recrudescence du nombre de suicides parmi les troupes déployées en Afghanistan. 154 soldats seraient ainsi passés à l'acte sur les 155 premiers jours de l'année 2012 ce qui dépasserait de plus de 50% les pertes américaines en Afghanistan dans la même période. "Selon le Medical Surveillance Monthly Report du Pentagone (numéro de mai 2012), 26,4 % des soldats américains ayant perdu la vie en 2011 sont ainsi morts au combat, 19,5 % par suicide et 17,3 % lors d'accidents de la circulation. Il y a cinq ans, en 2006, 40,5 % étaient morts au combat, 24,3 % au cours d'accidents de la route et seuls 11,4 % s'étaient suicidés" cite le journal Le Monde. Ce qui inquiète le plus c'est que ces chiffres augmentent fortement par rapport à 2010 et 2011 alors même que les autorités ont mis en place de nombreuses mesures pour enrayer cette spirale comme le montre le Army suicide prevention program. Le pentagone avoue ainsi ne pas connaître l'efficacité des politiques de prévention.

Crédit US Army

"Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis je m'en charge!"

Le suicide n'est malheureusement pas le seul phénomène destructeur interne avec lequel l'armée américaine doit composer. Un documentaire "the invisible war" , sorti en juin de cette année, dénonce l'importance des viols et agressions sexuelles au sein de l'institution militaire américaine. Ainsi, 3200 agressions à caractère sexuel ont été rapportées en 2011 et il est fort probable que bien davantage aient été commises car il est souvent compliqué pour la victime de s'exprimer sur de tels actes. Le documentaire pointe également l'omerta qui recouvre généralement ce type de crime, l'armée étouffant la plupart de ces affaires. Le problème est loin d'être récent puisque toujours d'après ce documentaire, on estime à 500000 le nombre de femmes agressées depuis la fin de la seconde guerre mondiale au sein de l'armée américaine. Le problème a pris une telle ampleur que l'on estimait qu'une femme soldat en Irak avait plus de probabilité d'être agressée par un de ses camarades plutôt que d'être tuée par l'ennemi comme le rapporte le Guardian. S'il s'agit prioritairement d'un problème touchant les femmes, les hommes ne sont pas à l'abri puisque le Veterans Affairs office révèle que 37% des military sexual trauma concernaient des hommes.
Bien que mise en accusation par le documentaire cité supra, l'armée américaine a pris conscience de l'ampleur du phénomène en créant en 2004 le Sexual Assault Prevention and Response Office. De nombreux programmes de prévention sont mis en oeuvre et des manuels sont distribués aux unités chacune d'entre elles relayant le message.




Comme pour les suicides, il est aujourd'hui difficile pour les autorités américaines d'évaluer l'efficacité des moyens mis en œuvre. Plusieurs enquêtes semblent démontrer que les caractéristiques du métier de soldat sont propices au développement de ces fléaux. L'enjeu est d'importance pour l'armée américaine car bien après le retour programmé d'Afghanistan en 2014 qui mettra naturellement fin aux green on blue, elle aura encore à se battre contre ses propres démons.


* 3 principaux facteurs peuvent expliquer la baisse des pertes liées aux IED. Tout d'abord, les Taliban ont clairement indiqué leur volonté de cibler davantage et en priorité les forces de sécurités afghanes. Deuxième explication, la coalition s'est davantage focalisée sur la conception des IED et a fait des concepteurs l'un de ses principaux objectifs. Enfin, les techniques de détection et de protection ont fait de sensible progrès forçant les insurgés à modifier la conception de leurs pièges.

mercredi 4 juillet 2012

Une armée de secouristes

87 morts et plus de 700 blessés, tel est le dernier bilan - sans doute pas définitif malheureusement - des opérations menées par l'armée française en Afghanistan. Depuis 2008, les pertes ont sensiblement augmenté, reflétant l'implication croissante de la France dans le pays. Les troupes déployées à Kaboul et essentiellement dans la province de Kapisa sont depuis lors confrontées régulièrement aux attaques des insurgés et notamment durant l'été, période durant laquelle les prises à partie sont quasi quotidiennes - hors des pauses opérationnelles décrétées par le pouvoir politique.

Le service de santé des armées (SSA) en action
L'intensité des actions de feu a rapidement conduit au déploiement des moyens performants du SSA. Un hôpital de campagne est installé sur l'aéroport de Kaboul ou Kabul International Airport (KAIA) - il était situé sur le camp de Warehouse avant 2008. Très bien équipé, les médecins et chirurgiens qui y servent peuvent pratiquer un grand panel d'opérations chirurgicales. Précisons ici que cet hôpital reçoit  et permet de soigner aussi bien des membres de la coalition - civils comme militaires - des civils afghans mais aussi des insurgés le cas échéant.

HMC KAIA crédit: defense.gouv
 
Lorsque l'état du blessé le nécessite ou que le nombre de patient à traiter est élevé, les soignants de KAIA stabilisent et préparent les soldats à leur rapatriement. L'évacuation vers la France peut être très rapide - dans les 24 heures - grâce au dispositif MORPHEE ou à des Falcon médicalisés. Les blessés sont ensuite pris en charge par l'hôpital militaire de Percy et ses spécialistes.
Cette chaîne médicale  qui comprend également les infirmiers et brancardiers secouristes des unités, s'avère  performante et a déjà fait la preuve à maintes reprises de son efficacité. Elle permet de sauver bon nombre de situation extrêmement compliquées, donnant l'opportunité aux blessés de se reconstruire comme dans le cas du sergent-chef Truchet. Bien qu'ayant été amputé d'une jambe, il a réussi l'exploit de gravir l'aiguille du midi.


Un premier maillon essentiel
Le premier maillon de cette chaîne n'appartient cependant pas au SSA. Fort logiquement, les armées ont rendu obligatoire le suivi de la formation prévention et secours civiques de 1er niveau (PSC1) dans chaque cursus. Bien évidemment, cette qualification civile s'avère insuffisante pour traiter les blessures du champ de bataille. C'est pourquoi, le SSA, en lien avec le commandement des forces terrestres (CFT), a défini une formation au secourisme de combat à deux niveaux. Le deuxième niveau s'adresse aux auxilliaires sanitaires alors que le premier niveau - qui nous intéresse - concerne chaque combattant. Cette formation leur permet de réagir au mieux aux blessures occasionnées par le combat, fusillade, IED, etc. Et ce sont ces premiers réflexes qui souvent conditionnent les chances de survie des blessés. le geste approprié plutôt qu'une technique complexe, voilà la philosophie qui prédomine. Il s'agit de mettre à l'abri des combats par un dégagement d'urgence puis d'évaluer rapidement l'état du blessé: hémorragie, conscience, respiration, alerter par un message formaté et faire les tous premiers soins.

Dégagement d'urgence crédit: 13ème DBLE



L'urgence du combat a d'ailleurs remis au goût du jour l'utilisation du garrot pour toute hémorragie importante. Ce garrot dont la pose ne fait plus partie des formations initiales civiles (PSC1)  a, d'après une étude américaine , permis de décroître de près de 30% la mortalité des soldats souffrant d'une hémorragie. Partant du principe qu'il vaut mieux sacrifier un membre plutôt que de perdre la vie, le SSA équipe chaque soldat en opération d'un garrot tourniquet et d'une trousse individuelle du combattant contenant morphine, pansement compressif et autres antiseptiques.  
Pour être pleinement efficace, le secourisme au combat rappelle que ces gestes ne seront que plus utiles si l'on s'attache à rassurer en permanence le blessé, qui dans le contexte en aura bien besoin.

trousse individuelle du combattant - crédit inconnu

Syndrôme du Stress Post Traumatique

Il y a enfin ces cas où le secourisme de combat est inopérant. Néanmoins, le SSA sensibilise chaque combattant au syndrôme de stress post traumatique (SSPT) et aux symptômes qui y sont associés. Les Américains après la guerre du Vietnam ou encore les Israëliens après la guerre du Kippour ont défini qu'il faut compter environ deux blessés psychiques pour un blessé physique - lors de la guerre du Kippour 900 des 1500 premiers évacués du front étaient des blessés psychologiques.
ce SSPT est une pathologie particulièrement insidieuse. L'armée française a mis en place un sas de décompression à Chypre pour tenter de détecter les différents cas au retour d'Afghanistan. Cependant, l'une des meilleures façons de les percevoir reste la solidarité, celle qui au sein des armées doit inciter à s'intéresser à son frère d'armes et à savoir demander de l'aide pour eux. Tous secouristes donc...

lundi 20 février 2012

L'Allemagne et la tentation prussienne


Impliqué dans un scandale financier, le président allemand Christian Wulf a présenté sa démission le 17 février. C'est un rude coup pour la chancelière Angela Merkel qui avait usé de tout son poids pour le faire élire en 2010. Les négociations entreprises entre les différents partis ont abouti au choix de Joachim Gauck pour succéder à Wulf. N'étant affilié à aucun parti politique, il jouit d'une très bonne réputation, la chancelière l'ayant qualifiée de "professeur de la démocratie".  Cette popularité lui vient notamment de son passé d'opposant au régime communiste de l'ex-RDA car comme bon nombre de dirigeants allemands depuis 1990, ce pasteur luthérien vient d'Allemagne de l'Est.

Le poids de l'histoire

C'est sous le règne de Frédéric II (1712-1786) que la Prusse devient une vraie puissance politique et militaire. Elle ne fait ensuite que s'agrandir à l'exception de la période napoléonienne dont elle est néanmoins une des principales bénéficiaires en récupérant la Rhénanie et la Westphalie lors du congrès de Vienne. Suite à la guerre austro-prussienne de 1864-1866 puis la guerre franco-prussienne de 1870, Bismarck réalise l'unification allemande sous la férule de la Prusse et des Hohenzollern. C'est la "solution petite-allemande" et la fondation de l'Empire Allemand (deuxième du nom).


Drapeau du Royaume de Prusse jusqu'en 1918

Après la défaite de 1918, la Prusse devient un "simple" Land au sein de la République de Weimar quand bien même le plus important géographiquement et le plus touché par le traité de Versailles. Ayant adhéré au national-socialisme, la Prusse est ensuite intégrée au sein du IIIème Reich hitlérien mais la défaite de 1945 lui porte un coup fatal. Les vainqueurs à l'instar de Mirabeau estimant que la guerre est l'industrie nationale de la Prusse décide la fin du berceau du militarisme allemand en proclamant la dissolution de l'état prussien en 1947.

La Prusse (en bleu) en 1871

L'autre héritage de la Seconde Guerre Mondiale s'est évidemment la scission du pays entre la RFA et la RDA et si la seconde conserve Berlin comme capitale, l'Ouest rassemble les organes administratifs et exécutifs de la fédération à Bonn.

Réunification et nouveau déplacement du centre de gravité allemand vers l'Est

La déliquescence de l'URSS à la fin des années 80 permet d'envisager la réunification allemande. L'Ouest étant vainqueur à l'usure, la RDA semble davantage absorbée par la RFA dirigée par le chancelier Helmut Kohl qui supporte le coût astronomique de cette renaissance. Cependant, dès le jour de la réunification le 3 octobre 1990, Berlin redevient la capitale de l'Allemagne et après un vote extrêmement serré au Bundestag en juin 1991, la décision est prise d'y transférer les institutions de Bonn (une partie de celles-ci demeurent néanmoins dans l'ancienne capitale de la RFA).
La fin de l'empire soviétique est également l'occasion pour l'Allemagne de renouer avec ses attractions géopolitiques originelles en intervenant dès que possible dans la "Mitteleuropa". Ainsi au moment de la dislocation de la Yougoslavie, l'Allemagne est le premier pays à reconnaître la Croatie. C'est aussi dans cette région et pour la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale qu'elle intervient militairement en participant aux différentes forces d'interposition. Comme le note la revue Diplomatie dans un dossier consacré à l'Allemagne paru en mars 2011: "Depuis la chute de l'Union Soviétique, l'Allemagne s'est engagé dans un rapprochement auprès des pays d'Europe de l'Est afin de renouer avec l'ancienne sphère d'influence de la Prusse et de l'Autriche".

Puissance décomplexée

Bundeswehr en Afghanistan crédit: Reuters
L'image de la Prusse est fortement associée à l'armée. Celle de l'Allemagne réunifée connaît un véritable renouveau. Avec plus de 250000 militaires, la défense est redevenue un vecteur d'expression de la politique allemande. La Bundeswehr a ainsi été engagée dans plusieurs opérations extérieures, en Bosnie au sein de l'EUFOR, au Kosovo avec la KFOR ou encore dans la FINUL au Liban. L'Allemagne est également un des plus grands contributeurs de troupes au profit de l'ISAF en Afghanistan. C'est prêt de 6700 soldats qui étaient projetés en 2011 (moitié moins cependant que le contingent français à la même période).
L'industrie d'armement allemande n'est pas en reste car le pays est au 3ème rang des exportateurs d'armement avec comme principaux clients l'Autriche, les Etats-Unis, la Turquie et l'Espagne.

Angela Merkel devant le Reichstag en 2009 crédit: Associated Press

Pour nombre d'Allemands, la relation avec l'histoire prussienne s'est apaisée et on se réfère davantage à cette période avec une certaine fierté, une nostalgie prussienne comme il existe une nostalgie napoléonienne en France. L'arrivée au pouvoir de la chancelière Angela Merkel originaire de l'ex RDA a normalisé le rapport entre les deux Allemagnes. Le pays traverse l'actuelle crise mondiale grâce notamment à la rigueur (caractéristique toute prussienne également) imposée par sa dirigeante. Sûre de sa force économique, l'Allemagne affirme sa position sur l'Europe avec ou sans l'habituel partenaire français. Elle se veut moralisatrice contre les pays trop dispendieux. L'arrivée prochaine d'un président allemand originaire de l'Est, pasteur luthérien ne saurait mieux incarner la rigueur, l'austérité et la discipline, caractéristiques traditionnelles de la Prusse.


Source: ambitions allemandes http://www.scribd.com/doc/58526762/Ambitions-allemandes-Note-d-Analyse-Geopolitique-n%C2%B025

 

dimanche 27 novembre 2011

Opération NUNTIUS Belli: offrez votre soutien pour Noël

En cette période ante Noël particulièrement exigeante en matière de générosité, il est difficile de souscrire à chaque action de bienfaisance. Cependant l'opération NUNTIUS Belli ne vous prendra que peu de temps et apportera beaucoup. Lancée à l'été par le blog Theatrum Belli et Pascal Dupont, cette opération apolitique vise à envoyer des messages personnels de soutien aux militaires français actuellement en Afghanistan soit près de 3500.


En effet, cette période de fête familiale est un cap souvent compliqué pour les troupes en opération et les marques de soutien ne peuvent que faciliter le passage de ce cap.
Alors n'hésitez pas, prenez la plume (le clavier) et laissez parler votre cœur, vos mots de soutien seront appréciés à leur juste valeur (je peux en témoigner). Pour cela vous trouverez un formulaire de messagerie sur le site de Theatrum Belli afin de vous faciliter la tâche. Et puis, pas d'inquiétude, s'il y a trop de messages, je suis certain que nos soldats au Liban ou partout ailleurs dans le monde auront le même plaisir à vous lire. 
Un grand merci pour eux!

samedi 19 novembre 2011

Une préparation militaire pour les parlementaires

Image positive et indifférence

Depuis les années 2000, les sondages montrent que près de 85% des Français ont plutôt une bonne image de la défense. S'il y a lieu de s'en réjouir, ces bons chiffres ne peuvent cacher une réalité que le lieutenant Nicolas Barthe a expérimenté à la sortie de son livre "engagé". Régulièrement questionné sur son livre et son expérience afghane, il s'est étonné non pas des a priori mais de la grande ignorance de la population et parfois même de la presse pour la chose militaire. Avec la fin de la conscription, le lien armées-Nation s'est peu à peu distendu et l'indifférence des Français n'est que ponctuellement interrompu par l'hommage rendu aux soldats morts en Afghanistan ou encore au 14 juillet (qui réunit au moins autant de Français que de touristes étrangers sur les Champs Elysées). Cette ignorance/indifférence se traduit également dans un autre sondage: près de 65% des personnes interrogées estiment que l'Etat devrait baisser en premier lieu ses dépenses en matière de défense en cette période de crise profonde.

Politique sans défense


L'Assemblée Nationale crédit: défense.gouv.fr

Le chantier est donc grand pour que les Français s'intéressent à nouveau à leur défense dans un monde qui lui, en dehors de l'Europe, se réarme. Dans ce contexte, les armées sont en partie responsable du maintien du lien avec la Nation (ce qui se compliquera encore avec la baisse du budget communication décidée suite aux différents plan d'économie) et par souci d'efficacité, elles auraient tout intérêt à se préoccuper de la représentation nationale. En effet, émanation de la population française, les parlementaires, députés et sénateurs, sont eux aussi peu à peu déconnectés du monde militaire. Bien sûr, un grand nombre d'entre eux a pu faire son service national mais cela date déjà du "siècle dernier" et l'armée de conscription était bien différente de l'armée professionnelle actuelle confrontée à une grande variété de missions. La féminisation croissante et nécessaire des hémicycles, le renouvellement des générations de parlementaires font qu'ils n'auront bientôt plus que la journée d'appel et de préparation à la défense (JAPD) pour se faire une idée sur les forces armées. De plus, les dernières réformes, notamment la création des bases de défense, ont contribué à créer de nouveaux "déserts militaires", ainsi de nombreux parlementaires n'ont plus aucune occasion de côtoyer de militaires dans leurs circonscriptions. 
Bien sûr, il existe dans chacune des assemblées une commission défense, bien sûr chaque parlementaire ne peut pas être un expert de la chose militaire mais certaines questions posées ("avez-vous développé une réflexion sur l’emploi de l’arme blindée cavalerie dans les futurs conflits en zone urbaine, qui pourraient potentiellement avoir lieu sur le territoire national ?") lors d'audition des autorités militaires laissent parfois songeur comme le relevait il y a quelques temps le site Mars attaque.
Au regard de cette méconnaissance, il est moins surprenant de constater le peu d'empressement des parlementaires à débattre sur le livre blanc de la défense et de la sécurité nationale ou encore des opérations extérieures alors que ce débat notamment pour l'Afghanistan est nécessaire et souhaité par les militaires eux-mêmes.

Reprendre le contact

Des démarches existent pour familiariser nos parlementaires à la défense: visite des troupes sur les théâtres d'opérations, démonstrations de matériel et conférences avec l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN) mais cela reste anecdotique pour réellement porter ses fruits. 


Visite du député Ph Folliot en Afghanistan crédit: defense.gouv.fr

Aussi une des solutions (utopiste?) pourrait être la réalisation d'une période de découverte du milieu militaire pour chacun des parlementaires après son élection. Comme pour les préparations militaires découverte proposées aux jeunes Français, députés et sénateurs pourraient bénéficier d'une période d'immersion au sein des forces armées pour vivre le quotidien d'une caserne, d'un bâtiment de la Royale, d'une base aérienne. Ils auraient alors la possibilité de suivre des informations sur le fonctionnement de la défense, l'état des infrastructures et des matériels mis à la disposition des troupes. Cette immersion leur permettrait enfin de rencontrer les femmes et les hommes qui oeuvrent pour la défense de la France et de ses valeurs créant ainsi un lien concret avec les unités qui les ont accueillis. 
Certes, cette proposition peut sembler irréaliste mais il faut néanmoins réfléchir aux actions à mener pour ne pas que le lien avec la représentation nationale se délite totalement. Puisque Clémenceau estimait que "la guerre est une chose trop grave pour être confiée aux militaires", il convient au moins que le politique connaisse ses outils pour la mener du mieux possible.

dimanche 9 octobre 2011

Knowledge Development: une des leçons de l'Afghanistan pour l'OTAN

L'approche globale

Lors d'un récent entretien, le général américain Stanley McChrystal, ancien chef de la coalition de 2009 à 2010, s'est montré particulièrement critique sur les résultats obtenus en Afghanistan. Libéré de son devoir de réserve parce qu'il a quitté le service actif, il note que seulement 50% du travail a été fait et plus important encore, il dénonce les lacunes graves concernant la connaissance du pays et de sa culture qui, pour lui, perdurent encore aujourd'hui dans l'armée américaine. L'insurrection afghane a en effet remis en exergue la nécessité d'obtenir du renseignement autre que militaire pour s'y opposer. C'est sur cette base de réflexion que l'OTAN a défini une approche globale et éditer en août 2008 un concept "knowledge development" (KD).

Source: defense.gouv.fr

le Knowledge Management (la gestion de connaissances) du militaire

Le knowledge development ou développement de la connaissance est un processus qui se veut collaboratif et itératif. Il assure la collecte de données et d'informations, leurs analyses et le partage des connaissances ainsi obtenues. La complexité des crises actuelles, qui combinent régulièrement différentes menaces, engendre un besoin en information qui dépasse largement le seul domaine militaire. Dans ce cadre, le Knowledge development définit une nouvelle approche pour la collecte des données en utilisant les compétences internes à l'OTAN mais aussi en sollicitant les organisations civiles ou non gouvernementales. Ces données sont ensuite synthétisées dans le but de fournir, aux niveaux stratégique et opératif (théâtre d'opération) des informations exploitables de natures variées: Politique, Militaire, Economique, Social, Infrastructure, Information PMESII. Le principal objectif de cette démarche est d'apporter une meilleure compréhension de l'environnement opérationnel dans les phases de planification et de conduite des opérations.
3 étapes commandent ce processus:

Source CICDE
  1. l'acquisition de l'information: celle-ci s'appuie essentiellement sur les sources dites ouvertes (internet, presse, thèse, etc.) mais aussi sur les organisations qui évoluent dans la zone d'intérêt de l'OTAN.
  2. l'analyse: c'est l'analyse systémique qui est mise en oeuvre pour étudier les intervenants (adversaires, adversaires potentiels, neutres, etc.) dans leur environnement.
  3. le transfert de la connaissance: la connaissance acquise doit être accessible facilement pour la bonne personne, au bon moment et au format approprié tout en respectant les règles de confidentialité lorsque cela s'avère nécessaire.
Irriguer l'OTAN

Le concept du KD date donc de 2008. Depuis, l'OTAN a édité mi-2009 un projet de knowledge development handbook (manuel du KD) dans lequel une organisation est proposée pour réaliser cette nouvelle fonction. 3 niveaux sont ainsi définis:
  1. le Knowledge Management Center (KMC) pilote la chaîne KD.
  2. le Knowledge Development Center (KDC) assure la collecte d'informations et leur analyse au niveau stratégique.
  3. le Knowledge Center (KC) apporte au niveau opérationnel son expertise issue de ses capacités propres d'analyse mais aussi des données issues de la chaîne KD.
Le processus KD est aujourd'hui partie intégrante de la planification opérationnelle de l'OTAN et les programmes de formation ont été actualisés depuis 2010 dans les écoles (Oberammergau et Ankara). 

Risques et opportunités


  • Comme on l'a vu précédemment, le démarche KD s'appuie sur l'utilisation massive de sources ouvertes pour des recherches quasiment dans toutes les directions. Le risque est grand, aujourd'hui d'être débordé par le flot de données généré par cette collecte. Cela implique donc de fournir les ressources humaines adéquates mais aussi les outils pour gérer ces données. La priorité sera, néanmoins, de savoir fixer précisément les besoins, notamment en définissant les zones d'intérêt stratégique.
  • Autre difficulté, la gestion de la confidentialité est nécessairement complexe. En effet, l'accession aisée à l'information est contradictoire à son aspect confidentiel. De plus, le nécessaire dialogue avec les organisations civiles, étatiques ou non gouvernementales se traduit inévitablement par un échange de données. Il est alors primordial de définir quelles informations peuvent être partagées avec ces intervenants.
  • Enfin, il apparaît que le niveau tactique n'est pas représenté  dans la chaîne KD. Cependant, c'est bien sur le terrain que les contacts se font le plus couramment avec les organisations actives dans la zone d'intérêt, les représentants de l'Etat, etc. La force est comme souvent un des principaux vecteurs de collecte de données.

Après avoir rejoint le commandement intégré de l'OTAN, la France est nécessairement partie prenante de ce nouveau processus. Elle doit donc adapter ses structures militaires pour l'assimiler et ainsi préserver sa capacité à conduire des opérations au sein de l'Alliance Atlantique. C'est donc l'opportunité  pour elle de développer une capacité d'influence dans l'OTAN en s'appuyant sur son héritage historique: "Conduire d'un même geste l'effort économique et politique: l'action civile et l'action militaire ont pour lien la simultanéité" le maréchal Lyautey au Maroc.


Source:
http://www.jwc.nato.int/article.php?articleID=366
http://www.cicde.defense.gouv.fr/spip.php?article614

dimanche 2 octobre 2011

Quand le XV de France se prend pour la Task Force La Fayette

Sport de combat par excellence, le rugby et l'armée sont souvent liés au travers des métaphores . Ce billet ne fera donc pas preuve d'originalité  mais la frustration provoquée par la récente défaite des Français face au Tonga sensé être une nation bien plus faible dans ce sport m'a immanquablement rappelé les difficultés rencontrées par nos troupes en Afghanistan.
Bien évidemment et fort heureusement dans cette défaite "rugbystique", il n'y a pas mort d'hommes. Cependant, elle redonne la possibilité pour nos amis anglo-saxons de pratiquer l'une de leurs activités favorites à savoir le "french bashing".


Il serait d'ailleurs intéressant d'étudier avec plus d'attention ce qui nous vaut cette réputation peu reluisante (sans doute que la défaite de 1940 et la non participation à la guerre en Irak n'y sont pas étrangers).

Ressenti et réalité

Pour reprendre l'analogie entre ce début de coupe de monde et la situation en Afghanistan, il apparaît naturellement que l'aspect psychologique est fondamental dans la perception d'une victoire. Ainsi, en commettant quelques erreurs et en étant déjà en manque de confiance, les joueurs français n'ont pas su mettre en place leur jeu pourtant bien supérieur à celui de l'adversaire du jour. Au final, les Français perdent ce match contre une équipe bien plus faible et alors que l'essentiel est là, à savoir une qualification pour les quarts de finale de la coupe du monde, le grand public ne retient quasiment que la victoire du Tonga alors que ce dernier est dorénavant éliminé.

Crédit: REUTERS
C'est ce même paradoxe que l'on peut retrouver en Kapisa où la Task Force La Fayette oeuvre quotidiennement. Ses opérations sont souvent contraintes par la nécessité de ne pas favoriser la communication des insurgés et lorsque les pertes s'accumulent, on décide d'une pause opérationnelle pour ne pas perdre l'opinion publique laissant le champ libre aux adversaires. Ces derniers agissent par coup d'éclat qui là encore retiennent facilement l'attention du public au détriment du travail de fond réalisé par les troupes de l'OTAN.

Annonces anticipées?

Lorsque le chef de l'état a signifié le retrait des troupes françaises d'Afghanistan pour la fin 2014, il a indéniablement répondu à l'attente d'un certain nombre de nos concitoyens. Sur le terrain, en revanche, cette décision contribue certainement à compliquer la tâche des soldats. Les Taliban savent donc qu'ils doivent se montrer patients (d'autant que les Etats-Unis ont également annoncé le retrait de leurs forces) et en attendant cette échéance, ils peuvent se positionner pour remplacer "l'occupant " à son départ. De même, les Afghans habituellement favorables à l'ISAF sont amenés à davantage de neutralité pour ne pas risquer d'être traités comme collaborateur, sans compter tous ceux qui seraient tentés de rejoindre l'insurrection tels nos résistants de la dernière heure.

Crédit inconnu
La fédération française de rugby a, avant même le début de la compétition, décidé d'annoncer le départ du sélectionneur Marc Lièvremont dès la fin de la coupe du monde et son remplacement par Philippe Saint-André. Cette annonce a forcément, elle aussi, un impact sur le comportement des joueurs, même inconsciemment. Pour ces derniers, si le sélectionneur n'est pas reconduit dans ses fonctions alors quelle obligation autre que morale (et c'est déjà pas mal) ont ils à suivre ses recommandations? Puisque le risque est moindre de ne pas revenir en équipe de France s'ils ne suivent pas à la lettre les directives, l'autorité de Lièvremont se trouve donc affaiblie et il doit s'appuyer sur d'autres leviers pour obtenir ce qu'il souhaite de son effectif.

Crédit inconnu
Quoiqu'il en soit c'est dans la difficulté que se forge la vraie cohésion et que les caractères se révèlent. Que ce soit pour la Task Force Lafayette ou pour l'équipe de France (chacune dans leur domaine et leur importance relative), elles ne manquent pas. Raison de plus pour leur apporter un soutien sans faille dans l'adversité alors allez les petits!!! Allez les bleus!!!

jeudi 15 septembre 2011

Après l'Afghanistan, le sas de décompression

La député socialiste de Bordeaux, Michèle Delaunay, s'illustre actuellement sur les blogs de défense pour avoir posé plusieurs questions (5) sur l'accompagnement des militaires français au retour de leur mission en Afghanistan. Même si elles ne sont sans doute pas dénuées d'arrière pensées politiciennes, ces questions ont le mérite de relancer un débat nécessaire sur l'implication des soldats français en Asie Centrale, la reconnaissance de leur travail et des éventuelles conséquences de celui-ci. La député, elle-même médecin, note dans un entretien accordé au Point que le suivi des blessures psychologiques est insuffisant comme le démontrerait les sollicitations de ses administrés.
 
Michèle Delaunay

Néanmoins, le ministère de la défense comme la plupart des armées occidentales a pris conscience de l'accroissement des syndromes de stress post traumatique et de l'absolue nécessité de lutter contre cette maladie ou au minimum la détecter le plus tôt possible. Cela s'est traduit essentiellement par la création, en 2009, d'un sas de décompression au retour d'Afghanistan. Après six mois de préparation puis six mois de mission, les soldats français, toutes armées et tous grades confondus, transitent par Chypre avant de rentrer en France. Ils passent alors deux jours dans un hôtel 5 étoiles et suivent différentes activités leur permettant de relâcher la pression. Ce qui pourrait passer pour des vacances est en fait un élément à part entière de la mission: se préparer au retour à la vie quotidienne en France. Au programme: visites touristiques, sensibilisation aux risques psychologiques, et séances de relaxation au moyen de Techniques d'Optimisation du Potentiel - TOP techniques proches de la sophrologie. Tout cela est menée par des psychologues appartenant à  la Cellule d'Intervention et de Soutien Psychologique de l'Armée de Terre - CISPAT  . A l'écoute de chacun, ils alertent les militaires sur les symptômes liés au stress post traumatique et peuvent détecter d'éventuelles détresses psychologiques dès le sas. Ce travail est d'ailleurs relayé au sein des régiments et des différentes unités par un officier environnement humain.
Le reportage photo du site de la défense permet de se faire une bonne idée de la structure créée au profit des forces rentrant d'Afghanistan.

crédit: ADC THOREL/SIRPA Terre Image

Bien évidemment, ces deux journées de relaxation ne peuvent effacer instantanément la tension accumulée pendant une mission de guerre mais la satisfaction qu'éprouvent les soldats lors de cet intermède démontre à elle seule le bien fondé d'un tel dispositif. Il n'en demeure pas moins, comme le précise Michèle Delaunay que ces soldats seraient encore moins sensible à ce stress post traumatique s'ils ne rentraient pas en France dans une quasi indifférence de la population pour laquelle ils ont servi. Et pour que cela change, les quelques questions de madame le député peuvent être un aiguillon bien utile.


samedi 10 septembre 2011

Où va l'OTAN?

Si depuis le sommet de Lisbonne en novembre 2010, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord s'est lancée dans une restructuration majeure liée à l'adoption d'un nouveau concept stratégique, les nombreux événements de cette année 2011 incitent à s’interroger sur le devenir de l'alliance. 


Une organisation mutante

Comme le montre le choix français de relancer la réflexion sur le livre blanc de la défense et de la sécurité nationale de manière anticipée, l'évolution parfois surprenante de l'environnement international oblige à une remise en question récurrente. L'OTAN a su jusqu'à présent s'adapter aux circonvolutions du monde en accueillant en son sein des anciens pays du bloc de l'Est à la chute de l'URSS, en adaptant ses procédures ou en apprenant à travailler avec les Nations Unies. Cela a également conduit l'organisation à s'impliquer dans différents conflits comme au Kosovo en 1999 sans que les clauses d'engagement initiales aient été respectées, l'humanitaire et la volonté de répondre à une résolution de l'ONU légitimant l'action. De la même manière, l'Alliance qui avait pour but préalable la protection des pays évoluant dans l'Atlantique Nord s'est engagée loin de ses bases, en Afghanistan, à la suite de l'attaque du 11 septembre 2001 sur les États-Unis.

Des signes inquiétants

Aujourd'hui, l'OTAN est toujours présente en Afghanistan où elle constitue la Force Internationale d'Assistance et de Sécurité (ISAF en anglais) et les stratèges de l'organisation recherchent une solution pour sauvegarder ce qui a été accompli après que les Etats-Unis puis la France dans son sillage aient annoncé un retrait pour 2014. Sans vouloir préjuger de la situation à cet horizon, il semble aujourd'hui difficile d'attendre un succès probant de l'ISAF et les grandes difficultés de l'Alliance dans ce pays sont susceptibles de lui faire perdre du crédit à travers le monde.

crédit inconnu

Plus récemment, l'OTAN s'est engagée en Lybie suite à une résolution de l'ONU et afin d'éviter que le Colonel Kadhafi élimine indistinctement civils et rebelles. Ces résolutions contraignantes - les interventions devant protéger la population des mesures de représailles - se sont traduites par un engagement essentiellement aérien mené notamment par les Anglais et les Français. Cependant avant d'en arriver là, de nombreuses tractations ont eu lieu mettant au jour les difficultés internes de l'Alliance, chaque pays ayant des intérêts parfois divergents. Ainsi l'Allemagne s'est abstenue de toute participation militaire. De plus, et alors que les États-Unis ne souhaitaient pas mettre en avant leurs moyens, la force d'intervention fut bien difficile à mettre en place pour assurer l'efficacité des frappes. Enfin pour plusieurs pays, Russie, Chine, Algérie, l'OTAN a usé d'artifices diplomatiques pour finalement prendre parti dans une guerre civile et démontrer ainsi une grande partialité.

Ce conflit lybien fut enfin l'occasion d'une saillie de l'ancien chef du Pentagone Robert Gates. Ce dernier, sur le départ, n'a pas mâché ses mots sur l'incapacité européenne à régler le problème en Lybie. Il vitupère ainsi contre une vingtaine de pays alliés qui ne veulent ou surtout ne peuvent pas intervenir obligeant une fois encore les États-Unis à s'impliquer financièrement et militairement. Cette diatribe d'un membre éminent du gouvernement américain montre l'agacement croissant outre-Atlantique d'autant que le pays est lui aussi cruellement atteint par la crise économique et financière. Tellement atteint qu'il pourrait envisager un désengagement partiel de l'Alliance?


Perte d'audience?

Divergences affichées, difficultés militaires et sans doute financières, tous ces éléments nécessitent une nouvelle réflexion sur le devenir de l'Alliance Atlantique car dans le même temps des alternatives peuvent voir le jour et entraîner de nouvelles mutations géopolitique. Ainsi la Russie s'est dite prête lors du sommet de Lisbonne à mettre en œuvre son propre bouclier anti missile pour protéger les pays d'Europe Orientale. Plus récemment encore, elle proposait ses missiles S-500 pour participer à l'élaboration de ce bouclier. Certains pays de la région pourraient, le temps aidant à oublier, être de nouveau attirés dans le giron russe.

crédit inconnu


L'OTAN est encore aujourd'hui fortement dépendante de la super puissance américaine mais celle-ci vient de vaciller sur son piédestal déstabilisée par la crise économique. L’Alliance devra sans doute une nouvelle fois s'adapter si elle veut pouvoir conserver un pouvoir de dissuasion nécessaire aux règlements des affaires de ce monde.

N.B.: pour en savoir davantage sur l'OTAN, lire le très bon et très complet: L'OTAN au XXIe siècle d'Olivier Kempf aux éditions ARTÈGE

jeudi 25 août 2011

Embed with Michael Yon*

*Intégrer avec Michael Yon
Michael Yon

Certains métiers ont l'étrange faculté de faire briller les yeux des enfants. Si initialement, pompier ou pilote de chasse ont la primauté, avec un peu plus de maturité, le reporter de guerre retient toute leur attention. A cette évocation, l'esprit se met immédiatement en branle projetant l'image d'un homme ou d'une femme au visage halé et vêtu d'une tenue proche de celle du combattant avec cette veste pleine de poches lui permettant de transporter ses "munitions", pellicules et objectifs. L'appareil photo au point, il est au plus près des combats, rendant ainsi tangible par ses images  une guerre qui nous paraît souvent si lointaine. Mais l'aventure a un prix parfois élevé comme nous le rappelle le mémorial dédié à cette profession. Erigé par la ville de Bayeux, il recense tous ceux tombés dans l'exercice de leur métier de journaliste.

Ecrivain et béret vert

C'est un peu par hasard que je suis arrivé sur la page Facebook de Michael Yon mais rapidement, j'ai pris plaisir à suivre ses pérégrinations de reporter. Gravitant dans un univers un peu fantasmé par le commun des mortels, ses images et ses commentaires m'ont aussitôt marqué par leur authenticité et leur sincérité m'incitant à m'intéresser davantage au personnage.

Ecrivain et photographe américain, Michael Yon est un journaliste free lance. Ne travaillant officiellement pour aucun média, la poursuite de ses activités est rendue possible essentiellement par les dons de ses lecteurs. Après ses deux premiers livres, Danger Close et Moment of Truth in Iraq, il vient de faire paraître Iraq,Inside the Inferno 2005-2008. Il tient également un blog qui a déjà été récompensé à plusieurs reprises pour sa qualité: Best military blog 2007 et 2008 weblog awards.
Pourtant rien ne semblait le destiner à cette carrière puisque dès l'obtention de l'équivalent du baccalauréat aux Etats-Unis, il s'engage dans l'armée. Il est ainsi un des plus jeunes à réussir le processus de sélection des célèbres bérets verts. Il quitte cependant l'institution militaire en 1987 pour pratiquer différents métiers notamment dans la sécurité - il fut chargé pendant un temps de celle de Michael Jackson - et pour voyager. C'est la mort de deux amis proches en Irak qui l'incite à se lancer dans l'écriture pour tenter d'expliquer ce conflit.


Major Bieger and the little girl

Un caractère bien trempé

Son parcours atypique a indéniablement un impact sur la façon dont il conçoit son métier. Fort de son expérience dans les forces spéciales, il n'hésite pas à se rendre seul sur les territoires les plus exposés, il était encore au début de cette année en Afghanistan. Mais sa spécificité réside dans sa volonté d'être régulièrement intégré aux unités de terrain. Le New York Times précise qu'en 2008, il est celui qui aura passé le plus de temps au côté des soldats américains en Irak. Cette intégration ne limite en rien ses observations comme pourraient le penser certains esprits chagrins. Bien au contraire, il conserve une liberté de ton qui parfois lui ferme les portes. Il n'hésite pas à mettre en cause la haute hiérarchie militaire lorsqu'il l'estime défaillante. Il s'est ainsi confronté violemment au brigadier général  Ménard alors responsable de la zone d'opérations canadienne en Afghanistan mais aussi au général Mc Chrystal ancien chef de l'ISAF. De l'autre côté, il se montre extrêmement élogieux pour le général Petraeus qu'il estime très compétent. Adepte du journalisme citoyen, ses considérations personnelles affectent sans aucun doute son écriture mais il assume ce parti pris, il ne ressent ainsi aucune honte à se montrer partial avec les troupes.

à l'intérieur d'un Chinook

Oui, Michael Yon est droit dans ses bottes, on n'est pas toujours d'accord avec ses déclarations, mais quel plaisir à suivre ses reportages dans le feu de l'action, de lire ses compte-rendus sans y voir la moindre arrière pensée mercantile. A défaut de comprendre les considérations stratégiques des confits qu'il couvre, il nous donne la meilleure image possible du vécu quotidien des troupes et de leur action tactique, au point que l'on sentirait presque la poussière afghane et la montée d'adrénaline lors des combats avec les insurgés.
Alors n'hésitez plus embarquez vous avec Michael au coeur de la mélée!

N.B.: Photos réalisées par Michael Yon et reproduites pour ce billet avec son aimable autorisation, qu'il en soit sincèrement remercié.

sources: 

mercredi 10 août 2011

L'armée tchèque s'équipe d'un nouveau fusil d'assaut

photo Czech Army
Deux unités de l'armée tchèque vont bientôt recevoir le tout nouveau fusil d'assaut: le CZ 805 BREN. De production locale, cette arme remplacera le Sa vz. 58. Elle utilise le calibre au standard OTAN 5,56mm et peut recevoir des équipements optroniques.
Les 500 premiers exemplaires de ce contrat de près de 8000 fusils équiperont les unités qui armeront les Operational  Mentor and Liaison Team (OMLT) tchèques dans la province du Wardak et la Provincial Reconstruction Team (PRT) du Logar  au sein de l'ISAF en Afghanistan.
Plus d'information sur le site de defence.professionals.