mercredi 18 janvier 2012

les livres de Patton

La culture générale est une qualité qu'il convient de développer constamment pour tout officier. L'armée américaine se montre particulièrement consciente de cette nécessité et cela au plus haut sommet de la hiérarchie puisque l'ancien chef d'état-major de l'US Army, le général Dempsey, donnait sa propre liste d'ouvrages qu'il conseillait à la lecture de son personnel. Son successeur, le général Odierno, reprend le flambeau en sollicitant l'avis de tous pour établir sa liste.


Ces conseils littéraires prennent encore plus de valeur lorsqu'ils proviennent d'un homme qui a fait ses preuves sur les champs de bataille au point d'être considéré par une grande part de ses compatriotes comme l'un des plus grands chefs militaires de l'histoire. Le général George S. Patton Jr collectionnait les livres avec passion et s'il en lisait pour le plaisir, la plupart l'aidèrent à étudier l'histoire militaire. 7 ans après sa mort, son épouse avait compilé une liste de ses livres favoris pour le magazine Armor magazine. Celle-ci incluait les livres suivants:
  • Maximes de Frédéric le Grand
  • Maximes de Napoléon et toutes les biographies militaires sur Napoléon
  • Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César
  • Les traités de von Treitschke et Von Clausewitz
  • Les mémoires du Général Baron de Marbot (colonel sous l'Empire)
  • Charles XII de Suède par Carl Gustafson Klingspor
  • The History of the Decline and Fall of the Roman Empire par E. Gibbon
  • Strategicon par Marcus et Spaulding
  • Le Prince de Machiavel
  • La psychologie des foules de Gustave Le Bon
  • Art of the War in the Middle Ages, Oman
  • The Influence of Sea Power Upon History, Amiral Mahan
  • Stonewall Jackson, Henderson
  • Memoirs of U.S. Grant
  • Battles and Leaders of the Civil War, R.E. Lee and  Lee's Lieutenants, Freeman
  • Years of Victory and Years of Endurance, Bryant
  • Gallipoli, Hamilton
  • Thucydides Histoire Militaire de la Grèce
  • Mémoires de Ludendorff, Von Hindenburg et Foch
  • Gengis Kahn, Alexander, Lamb
  • Alexander, Weigall
  • The Home Book of Verse
  • tous les écrits de Winston Churchill
  • toutes les oeuvres de Kipling
  • tous les écrits de Liddell Hart
  • tous les écrits de J.F.C. Fuller et plus spécialement Generals, Their Diseases and Cures
Durant la Seconde Guerre Mondiale, Patton a également lu des livres traitants des zones dans lesquelles il devait combattre par la suite ou encore d'auteurs dont il respectait les connaissances tactiques:
  • The Normans in Sicily, Knight
  • The Greatest Norman Conquest, Osborne
  • The History of the Norman Conquest of England, 5 volumes Freeman
  • Infantry Attacks, Rommel
Les esprits chagrins pourront noter que les moyens de faire la guerre ont bien changé depuis les exploits du général Patton mais comme ce dernier le disait luit même expliquant ainsi l'intérêt de la culture générale: "What you must know is how man reacts. Weapons change, but man who uses them changes not at all. To win battles you do not beat weapons, you beat the soul of the ennemy"

Source: Armchair General magazine march 2004

samedi 31 décembre 2011

2012

Le signaleur vous annonce l'arrivée très proche de 2012 et remercie tous ses lecteurs pour leur intérêt et leur patience.
Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente année, reçue forte et claire. 

crédit j28ro.blogspot.com

Musée des Armées Lucien Roy

L'année 2011 a vu une hausse de près de 5% de la fréquentation des musées grâce notamment à un coût moins élevé que le cinéma ou les parcs d'attraction. Le 11 novembre a également été l'occasion d'inaugurer le musée de la Grande Guerre à Meaux qui comblera sans aucun doute les amateurs d'histoire militaire.

Musée Lucien Roy crédit: besancon-tourisme.com

Si ces mêmes passionnés - ou juste intéressés par l'histoire nationale - passent par le plus grand des hasards en Franche-Comté, la visite du musée des Armées Lucien Roy est un incontournable. Situé à Beure - 5kms de Besançon - et baptisé du nom d'un enfant du pays tué en 1915, ce petit musée est installé dans une maison vigneronne du XVIIIème siècle et organisé autour de 12 salles. Les matériels et documents exposés remontent de la conquête française de la région - 1674 - et couvrent le XIXème et le XXème siècle jusqu'à la guerre en Ex-Yougoslavie. Les conflits auxquels la France a participé depuis 1870 sont représentés à travers des témoignages, affiches, maquettes des champs de bataille. Plus de 200 mannequins en uniforme, de nombreux objets du quotidien évoquent le vécu des combattants, chacun d'entre eux provenant de dons et ayant donc appartenu aux acteurs de ces périodes troublées.

Plusieurs thèmes sont développés dans la scénographie, ainsi 2 salles sont dédiées aux rôles des femmes dans les conflits, mais aussi le rôle des troupes coloniales, la résistance, la déportation, etc.

musée Lucien Roy , crédit: besancon.fr
 Quelques pièces sont de vraies raretés telles que le poêle à bois du général de Gaulle à Colombey ou  l'hélice du SPAD 1916  du coéquipier de Guynemer ou enfin un maillot de corps "détricotable" pour fabriquer une corde d'évasion.
Au regard de sa taille, le musée est un peu victime de la densité des pièces présentées mais celles-ci sont le gage de l'authenticité et de l'attrait de la collection, on pardonnera donc facilement l'aspect chargé des différentes salles. 

Ouvert toute l'année sur rendez-vous aux groupes d'au moins 5 personnes. Ouvert au public de 14h à 18h le 8 mai, pour les journées du patrimoine et le 11 novembre.
Association des Amis du musée Lucien Roy
70 rue de Besançon 25720 Beure
museelucienroy@orange.fr
RDV par tél: 03 81 52 60 30

A visiter également à Besançon au sein de la citadelle le musée de la Résistance et de la Déportation .

mardi 20 décembre 2011

Filmographie indispensable (2): Frères de Sang -Taegukgi (2004)

Cette fois, c'est l'actualité qui inspire ce billet cinématographique. En effet, la mort du "cher" leader Kim Jong-il remet la Corée au devant d'une actualité internationale toujours dense. Ce pays est encore aujourd'hui l'une des victimes collatérales de l'opposition bipolaire entre occident et communisme. Comme l'Allemagne, il subit la partition à hauteur du 38ème parallèle en 1953, à l'issue d'une guerre fratricide. Alors que l'Allemagne connaissait la réunification en 1990, la Corée du Nord persiste, avec l'appui de la Chine, dans la voix d'un communisme forcené et montre régulièrement les dents à une Corée du Sud pas forcément moins agressive soutenue par les Etats-Unis. Plusieurs films ont traité de la guerre de Corée - Baïonnettes au canon, Côte 465, Les ailes de l'espérance ou encore la série U.S. M.A.S.H. - mais la plupart avec une vision occidentale ou plus précisément hollywoodienne. Frères de Sang - Taegukgi sorti en 2004 fait donc figure de quasi exception car c'est un des rares films coréens parlant de la guerre civile et ayant connu une vraie carrière internationale.


Le fil conducteur du film repose sur l'histoire de deux frères, l'aîné travaillant durement pour envoyer son cadet à l'université. Tout est remis en cause lorsque la guerre éclate entre les deux Corées le 25 juin 1950 et que le plus jeune est enrôlé de force. Son frère qui tente de faire annuler sa réquisition subi alors le même sort. La caméra suit l'évolution des deux frères au milieu d'un conflit qui les dépasse totalement.


Film le plus cher du cinéma coréen à sa sortie avec un budget de plus de 12 millions de dollars, Frères de Sang est assurément du grand spectacle. Avec près de 25000 figurants, de gros efforts pour reconstituer le plus fidèlement possible les équipements militaires et des effets  spéciaux de qualité, certaines scènes de combat sont d'une rare efficacité. Le réalisateur, Kang Je-gyu, a fait le choix du réalisme en reprenant les nouveaux codes du genre initiés par le film de Spielberg, "il faut sauver le soldat Ryan". Et c'est vrai que les analogies sont nombreuses ce qui pour certains critiques s'apparente à du plagiat. Néanmoins, la spécificité historique donne tout son intérêt à cette œuvre. On suit l'entrée en guerre de la Corée du Sud manquant totalement de préparation ce qui amène les armées du Nord aux portes de Séoul avant que les Etats-Unis décident d'entrer en action afin d'éviter l'"effet domino" communiste. La Corée du Sud reprend le dessus et franchit à son tour la frontière du Nord jusqu'à ce que la Chine entre à son tour dans la danse rééquilibrant ainsi les forces en présence. Il n'y a pas de vrai parti pris ni aucune complaisance non plus dans l'évocation du comportement des combattans - et des non-combattants - du Nord comme du Sud. Parfois manichéen, souvent perturbant, le film manque parfois d'un peu de finesse mais il parvient à éclairer les traumatismes toujours vivaces engendrés par ce conflit dont le résultat perdure aujourd'hui avec la scission de la Corée depuis 1953.



Frères de Sang - Taegukgi* (2004) de Kang Je-gyu avec Jang Dong-gun et Won Bin; durée: 147 mn DVD Universal
* drapeau national Sud-Coréen

N.B.: N'hésitez pas à laisser vos commentaires, d'accord pas d'accord, afin que chacun puisse se faire une idée et choisir de regarder...ou non

dimanche 18 décembre 2011

filmographie indispensable: Warriors, l'impossible mission (1999)

Les fêtes de fin d'année et les vacances qui les accompagnent éventuellement permettront à certains d'entre vous de prendre du temps pour se divertir. Un bon DVD pourrait vous y aider. Je vous recommande donc de regarder ce téléfilm britannique: Warriors, l'impossible mission. Au vu de mes centres d'intérêt, vous aurez rapidement compris qu'il ne s'agit pas de la mission qui incombe au père Noël chaque année, la nuit du 24 au 25 décembre. En effet, le sujet est bien plus grave mais la qualité et la pertinence de ce film méritent d'être soulignés.



Liverpool 1992, l'armée britannique rappelle ses soldats permissionnaires pour les envoyer en Bosnie sous l'égide des Nations-Unies. Leur mission est alors de protéger les populations civiles exposées aux coups des belligérants. Le téléfilm suit principalement trois soldats d'une même unité, un homme du rang et deux lieutenants, confrontés à la réalité du déchirement yougoslave. Le réalisateur, Peter Kosminsky, montre avec beaucoup de réalisme la complexité de cette mission d'interposition et les états d'âme qu'elle engendre, difficile, en effet, pour ces soldats professionnels de porter secours aux populations sans prendre partie dans le conflit. Entraîner pour faire la guerre, ils s'engagent dans une opération humanitaire qui les exposent sans qu'ils puissent répondre librement.

IFV Warriors donne son nom au téléfilm, crédit inconnu

Tourner avec un style proche du documentaire, le film dépeint avec un grand réalisme les difficultés rencontrées par l'armée britannique en Bosnie et l'usure de ses soldats qui enchaînèrent Ex-Yougoslavie et l'Irlande du Nord, encore extrêmement agitée au début des années 90.
A ce titre, l'évolution du lieutenant Feeley (Ioan Gruffudd) au cours de ce téléfilm rend très concret le conflit entre l'éthique  et la mission qu'on lui a donné, comme l'a sans doute vécu le général Morillon à Srebrenica. Aiguillon de la réflexion déontologique, ce programme peut sans aucun doute être diffusé dans le cadre de la formation des jeunes officiers. Ces derniers ont ainsi l'occasion de réfléchir sur ce qu'ils feraient dans pareil cas sans avoir le stress lié au conflit.




Accompagné en bonus d'un extrait du dessous des cartes, le DVD permet, de plus, de comprendre comment la Yougoslavie de Tito s'est disloquée et rappelle combien la guerre fut intense et meurtrière si près de nous il y a près de 20 ans déjà.
Indispensable donc!
 
 
Warriors l'impossible mission (1999) de Peter Kosminsky avec Ioan Gruffudd, Matthew MacFadyen, Damien Lewis, Tom Ward durée: 171 min DVD BBC aux Editions Montparnasse.